Bon. L’opéra de poche du festival Durance Luberon, c’est notre gourmandise de la fin des vacances. Les sur-titres qui glissent sur les vieux murs du château, le thym du soir dans l’air, Tosca et cette distribution, on aurait eu tort de ne pas venir. Et vite.
Le décor est planté. Comme toujours, c’est minimaliste. Les habituelles tentures rouges, un chevalet, une palette, un chiffon. Plus loin, un buste.
Et Vladik Polionov arrive. Il faudra qu’il nous explique comment il peut être aussi à l’aise à présenter l’œuvre, comment, avec ses seuls mots, il y fait entrer aussi facilement le public.
Le livret déjà. Une histoire d’amour, de jalousie, de politique et des rebondissements à la pelle.
C’est Maurel Endong qui entre en scène habillé d’un costume actuel. Anachronisme ? Non. Parti pris. Et c’est là une des subtilités de la mise en scène : laisser l’histoire se dérouler au XIXe siècle avec des costumes d’aujourd’hui sans que le public ne s’en émeuve. Et ça fonctionne parfaitement…
Le chanteur camerounais, une basse, impose d’emblée des graves qui s’en vont remuer tout un chacun jusqu’au fond des douves du château. Il est Angelotti, ce prisonnier politique qui vient tout juste de s’évader et qui sollicite l’aide de Cavaradossi (Christophe Berry), le peintre amoureux de Tosca (Irina Stopina). La musique les enveloppe. Incandescente. Lyrique, raffinée, tragique aussi. Puccini a écrit un chef-d'œuvre dont la beauté ne s’éloigne jamais du drame. Il n’y a pas d’orchestre dans l’opéra de poche. Un piano seulement. On devrait y perdre quelque chose. On n’y perd presque rien. Vladik Polionov y est pour beaucoup. Pianiste, metteur en scène et chef d’orchestre à lui tout seul, il porte les chanteurs, relance le drame, fait vibrer son piano et avec lui, le public.
Ah ce peintre… on n’a pas vu la Marie-Madeleine qu’il peignait, elle avait les yeux bleus nous a-t-on dit. Elle aurait dû les avoir noirs, pour apaiser la jalousie de Tosca. Il va céder et changer tout ça. Ça nous aura permis d’entendre Christophe Berry chanter l’amour à faire vibrer l’air encore agité par le vent. C’était beau, émouvant. Et comment ne pas tomber amoureux de Floria Tosca ? La présence d’Irina Stopina sur la petite scène Touraine a quelque chose de magique. Elle exhale la jalousie dans chacune des notes qu’elle chante. Son vibrato nous fige, ses aigus nous transpercent. Sa voix prend aux tripes. Il faudra Scarpia (Florent Leroux Roche), le méchant baron, chef de la police, pour ramener de l’ordre dans le tumulte de nos esprits. On apprécie d’entendre ses graves sombres, aussi noirs que son costume et sa cravate. Le livret lui a donné le mauvais rôle, ce n’est pas grave, il a la classe et l’aisance qui nous le font oublier.
Et c’est là que le chœur apparait. L’Atelier d’art lyrique du Conservatoire de Vitrolles dans le Te Deum, avec Scarpia obnubilé par Tosca. Et Florent Leroux Roche épaulé par ces voix. Splendide.
Le vent tombe à la Tour d’Aigues. Pas la jalousie.
Entracte. Deuxième et troisième acte.
Le décor change un peu. Table, chaises, carafe, tapis et fauteuil. Un pupitre.
On n’a pas encore parlé de Spoletta (Patrick Agard) l’autre policier. Indispensable. Présence scénique, chant fluide, timbre suave. L’opéra de poche a volontairement abrégé l’œuvre, pour mieux mettre en valeur les protagonistes. C’est une réussite.
Spoletta est lui aussi un méchant, un anti-républicain. Bonaparte a gagné Marengo, le monde de Scarpia vacille. Il n’a qu’une obsession : Tosca. Angelotti, lui, s’est donné la mort. Le baron fait torturer Cavaradossi pour parvenir à ses fins et le condamne à mort. Tosca cède en échange de la liberté de son amoureux, puis profite de l’étreinte pour poignarder le baron. Le chœur descend sur scène, se referme sur le corps comme un rideau ; quand il s’écarte, Scarpia n’est plus là. Ressorti sous la même cape, au milieu des choristes. Malin.
Le troisième acte s’ouvre et Christophe Berry nous offre E lucevan le stelle. Là, la chair de poule. Mario se croit perdu et chante Tosca une dernière fois.
Le rythme est haletant, tragique. Spoletta fait office de peloton d’exécution, mais il tire à blanc. Enfin, il aurait dû. Cavaradossi s’effondre, pour de vrai. Tosca se suicide. Fin.
Le public reprend son souffle. Cette fois, la jalousie tombe aussi. Il est tard. Personne n’a envie de rentrer. Tonnerre d’applaudissements.
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