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Lyrica Massilia. Regards lyriques et musicaux – Marseille & Provence

Photo © Camille Rovera

Avant d’en venir à cette  reprise de la production de Rigoletto de juin 2019, signalons l’heureuse découverte d’un baryton d’exception, d’origine transylvanienne, Sebastian Catana, à qui était confié le rôle titre du bouffon malheureux. Il a littéralement écrasé de son talent  le retour de l’un des chefs d’œuvre absolus de Verdi, créé à la Fenice de Venise en  mars 1851.

 

Le trio Charles Roubaud, Emmanuelle Favre et Katia Duflot (mise en scène, lumière et costumes) a passablement manqué l’affaire. Le décor est envahissant, les costumes des années folles relèvent d’une proposition gratuite et la lumière parvient à peine à sauver le nécessaire accompagnement de cette tragédie.  Si cette énorme effigie du bouffon a  pu jadis fonctionner sur la grande scène des chorégies d’Orange,  elle semble trop  encombrante pour celle de l‘Opéra de Marseille et nuit à l’efficacité de la tragédie.

 

Rigoletto est une œuvre où alternent la tragédie (La Maledizione) et la légéreté, où les figures de légitimité s’inversent. On y passe du désespoir à la haine, de  la séduction au ridicule et l’orchestre, somptueux sait se faire caressant pour accompagner les voix. Fort heureusement, dans ce registre, l’orchestre philharmonique de Marseille, dirigé par Paolo Arrivabeni, que nous avons retrouvé avec plaisir, et les chœurs de Florent Mayet, très sollicités par cette magnifique partition, se sont montrés à leur plus haut niveau. Ils ont rendu justice au génie de Verdi, sensible d’un bout à l’autre de l’œuvre.

 

La scène finale. Gilda (Ruth Iniesta) meurt dans les bras de son père Rigoletto (Sebastian Catana). Photo © Camille Rovera

 

Le reste de la distribution, très internationale, un aspect dont on peut se réjouir, mérite quelques commentaires mitigés. Le ténor américain John Osborn, qui chante le Duc de Mantoue, est une sorte de tenor di grazia très à l’aise dans les suraigus, mais qui ne nous paraît pas être fait pour le rôle et nous a fait regretter plusieurs artistes entendus récemment à Marseille, notamment Enea Scala  dans le même emploi en 2019. Nous l’apprécierons probablement davantage dans un répertoire plus léger,  car il  tiendra le rôle de Roberto dans Maria Stuarda de Donizetti en mars prochain.

 

La Gilda de l’espagnole Ruth Iniesta que nous avons découverte en Violetta dans la Traviata en février 2024 est davantage une soprano dramatique qu’une colorature. Elle possède elle aussi toute la tessiture requise et est dotée d’une très belle voix, mais elle nous est apparue plus convaincante dans le registre tragique, comme c’est le cas dans le troisième acte où elle a donné toute la mesure de son talent et de sa sensibilité.

 

Autre découverte, Deniz Uzun (Maddalena), mezzo-contralto germano-turque vocalement et dramatiquement brillante dans les  duos et quatuors, comme l’est le belge le plus connu de Marseille, Patrick Bolleire, inquiétant à souhait dans le rôle du tueur à gages Sparafucile. A signaler aussi l’excellent baryton-basse à la voix efficacement caverneuse, d’origine camerounaise, Maurel Endong en Comte Monterone.

 

N’oublions pas les seconds rôles : Marie Lenormand (Giovanna), Laurence Janot (La Comtesse Ceprano), Ana Escudero (Le Page), Gilen Goicoechea (Le chevalier Marullo), Alfred Bironien (Matteo Borsa), Jean-Marie Delpas (Le Comte Ceprano), et Norbert Dol  (L’officier) dont certain-e-s  sont des habitué-e-s de la scène marseillaise, pour ne pas dire membres de la troupe.

 

Le fait de programmer, voire reprendre, des opéras comme ce Rigoletto, Traviata, Carmen ou Madame Butterfly permet certes de faire des économies de remplir les salles italianophiles, mais on court le risque de redites et de comparaisons.

 

Published by Jean-Pierre Bacot - Opéra de Marseille

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Critiques, portraits et récits de scène. Un regard indépendant sur l’art lyrique et musical à Marseille et en Provence.

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