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Lyrica Massilia. Regards lyriques et musicaux – Marseille & Provence

 

Vendredi 5 juin -20h.

 

Malgré l’heure tardive, l’Odéon affichait complet en ce vendredi 5 juin pour accueillir, devant un public relativement jeune, Les Noces de Figaro, opéra-bouffe de Mozart, créé en 1786. Pour pallier l’absence des surtitrages habituels, les parties dialoguées étaient empruntées au Mariage de Figaro de Beaumarchais, inspirateur de l’œuvre mozartienne. La proximité de la comtesse avec Chérubin dans la scène finale avec les tableaux du Comte et de la Comtesse vieillissants faisait aussi écho à « Tarare ou la mère coupable », autre comédie de notre français où l’on retrouve les personnages vingt ans après.

 

Avant le lever du rideau, nombreux étaient les familiers de l’œuvre surpris par une ouverture moins majestueuse et moins enveloppante que lors d’autres représentations. Peut-être était-ce dû à l’absence de cuivres et de percussions ? L’Orchestre de l’Opéra des Landes s’est toutefois montré à la hauteur de l’enjeu, sous-tendant avec justesse, sans les surcharger, les parties chantées.

 

Autre surprise au lever du rideau : le décor se limite à une toile de fond aux camaïeux de gris, à quelques parallélépipèdes et à des cloisons mobiles en bois. Un lit, deux fauteuils de style 18ème et deux anciennes malles suffisent à évoquer une chambre et à renvoyer à l’époque de l’œuvre. Associé à des jeux de lumières subtils, plus troublant encore sous l’éclairage rouge marquant le passage au jardin, à l’acte IV, ce décor se révèle pourtant efficace car il met en valeur une mise en scène simple et vivante, et souligne l’équilibre des quatre actes et, surtout, le jeu des interprètes.

 

Le Comte (Anas Séguin) surprend d’emblée par son physique avantageux, son aisance scénique, son engagement naturel et la beauté de son timbre de baryton. Sa carrure imposante, encore accentuée par une ample robe de chambre chamarrée lors de son entrée en scène très théâtrale et tonitruante, souligne fortement sa prestance et renforce son image de séducteur impénitent. Sa diction très nette sert notamment Hai già vinta la causa, rendu avec une intensité résolument marquée par l’accentuation rageuse sur le mot « causa » : c’est lui qui veut s’imposer. Sa fureur contenue contraste avec sa douceur dans ses échanges avec la Comtesse, rendant celle-ci plus vulnérable encore. Il éclipse presque Figaro (Jean-Gabriel Saint-Martin) à son entrée sur scène au début de l’acte 1 où ce dernier apparaît moins virevoltant que ce à quoi on s’attendait. Mais dès la cavatine se vuol ballare, il proclame d’une voix puissante et assurée son intention de contrôler son propre destin, sur un fond musical vif et rythmé et enlève avec décontraction le non piu andrai.. On retrouve alors un Figaro plus traditionnel, ironique, enjoué et combatif, rôle qu’il conduira avec brio tout au long de la représentation.

 

 

Au duo maître-valet répond le duo maîtresse-servante. La comtesse (Charlotte Despaux) dès son apparition, semble fade. Sa tenue vestimentaire très simple, comme celles des autres personnages d’ailleurs, est loin de refléter sa classe sociale. Mais, dès que notre soprano entonne son Porgi  amor (II), elle nous fait pleinement compatir à sa douleur poignante, compassion que l’on partage à nouveau avec son interprétation lente et mélancolique du  Dove sono i bei momenti (III). À son ton triste, s’oppose le ton plus enjoué de Suzanne (Judith Fa) qui apparaît d’abord comme un personnage déluré, comme le laisse à penser, la scène 1 de l’acte I dans le lit avec Figaro. Mais la soprano, bien ancrée dans son rôle de suivante, sait mettre sa voix précise et puissante au service de ses desseins dans ses interprétations vives et enlevées. Dans le duettino Che soave zeffiretto (III), où la comtesse lui dicte l’invitation à un rendez-vous galant avec le comte, les deux interprètes, en parfaite symbiose, renforcent leur complémentarité et leur complicité avec un public déjà acquis à leur cause.

Tournant autour d’elles, Chérubin (Estelle Mazzillo). Le choix de cette mezzo-soprano, habituée de « the Voice » s’avère plus que judicieux. Hésitante au tout début, puis soutenue par les pizzicati de l’orchestre, elle s’affirme dans son aria Voi que sapete (II) pour exprimer sa quête universelle de l’amour. Alliés à ses interprétations fluides et légères, son jeu de scène sans retenue, ses mimiques, ses roulements d’yeux, ses soupirs, son agilité impriment un caractère résolument comique au personnage et renforcent le côté impulsif de cet adolescent qui désire toutes les femmes qu’elles que soient leur classe sociale.

 

À ces rôles phares, il convient d’ajouter d’autres rôles au service de l’aspect comique de l’intrigue : celui de Marcelline (Ahlima Mahmdi) tout d’abord. La mezzo-soprano à la voix riche imprime un aspect à la fois vulgaire et original qui dépoussière son personnage. À ses côtés, un Basile (Éric Vignau) qui se veut un peu falot. Bartolo (Matthieu Toulouse), quant à lui, allie son timbre fort à un jeu de scène où il pousse à l’extrême le comique de son personnage obséquieux, ce qui rend sa prestation inénarrable. Barberine (Clémence Garcia) et Antonio (Yassine Benameur) font des interventions remarquées, tout en délicatesse pour la première, plus comique pour le second.

 

On retiendra de cette version dépouillée des Noces de Figaro, le respect de la volonté de Mozart, qui à travers le livret de Lorenzo da Ponte, voulait transcender les conventions de l’opéra-bouffe en mêlant plus étroitement tragédie et comédie. Les interprètes ont su jouer sur les deux tableaux, dépoussiérant avec moins d’emphase et de décorum, un grand classique pour mettre en exergue des thèmes toujours actuels : amour, liberté, lutte des classes, hypocrisie des puissants, etc... Un grand bravo à toute l’équipe, d’ailleurs applaudie à tout rompre par une salle de connaisseurs et à l’Odéon qui n’a pas hésité à proposer cette interprétation originale.

 

 

 

 

 

Published by Michèle Rossi - Odéon

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