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Vous êtes nés à Bastia, mais vous définiriez-vous comme une véritable italien de Marseille ?
Je suis né à Bastia et je porte profondément en moi mes origines corses et italiennes, qui ont façonné mon identité personnelle et culturelle. Mais si je dois me définir, je dirais que je me sens avant tout citoyen du monde.
Marseille a évidemment joué un rôle important dans mon parcours et m’a beaucoup influencé, comme ville méditerranéenne ouverte, métissée, tournée vers la mer et vers l’ailleurs. Pour autant, je ne me limite pas à une seule appartenance. Mon histoire familiale, mes racines corses et italiennes, mes expériences de vie et mes rencontres m’ont appris à regarder au‑delà des frontières.
Aujourd’hui, je me reconnais davantage dans cette identité ouverte : celle de quelqu’un qui assume pleinement ses origines, tout en se sentant relié à des cultures, des lieux et des personnes bien au‑delà de sa ville natale ou de sa nationalité. C’est en ce sens que je me définis comme un véritable citoyen du monde.
Pouvez-vous nous dire quelques mots de votre formation ?
Ma formation a commencé très tôt, au cœur de la musique corse traditionnelle, qui a été mon premier véritable langage musical. C’est dans cet univers que j’ai fait mes premiers pas, en développant le goût pour la voix, la transmission orale et la dimension profondément identitaire du chant.
Mon grand-père, qui avait lui-même initié une carrière dans le lyrique, a très vite perçu chez moi certaines dispositions pour ce répertoire. C’est lui qui m’a encouragé à tenter l’aventure du chant lyrique. Après l’école de musique de Bastia, cette impulsion m’a naturellement conduit vers l’Italie, où j’ai intégré l’Istituto Mascagni en chant lyrique, dans la classe du Maestro Polidori.
À partir de là, tout s’est enchaîné très rapidement : la formation s’est intensifiée, les opportunités se sont multipliées, et cette rencontre entre mes racines musicales corses et l’exigence du lyrique italien a ouvert la voie à ma carrière de chanteur lyrique.
Comment définiriez-vous votre voix ?
Je définirais ma voix comme un savant mélange entre la rigueur du chant classique et l’émotion populaire qui vient de mon parcours musical.
Elle s’est construite à la croisée de deux univers : d’un côté, l’exigence technique, la précision et la discipline du lyrique ; de l’autre, la spontanéité, la chaleur et la force expressive issues de mes premières expériences dans la musique traditionnelle.
Cette double dimension me permet de chercher en permanence l’équilibre entre une ligne vocale maîtrisée et une émotion directe, accessible, qui parle au cœur du public.
Vous vous intéressez aussi à la formation. Depuis quand et comment fonctionne votre chorale Passa Parola ?
Je m’intéresse à la formation depuis de nombreuses années, avec la conviction que le chant est un formidable outil de lien, de transmission et d’épanouissement personnel. C’est dans cet esprit qu’est née la chorale Passa Parola.
Passa Parola fonctionne comme un espace de partage plus que comme un simple ensemble vocal. Nous y travaillons bien sûr la justesse, la technique, l’écoute et le placement de la voix, mais toujours au service de l’émotion et du collectif. Le répertoire est pensé comme un pont entre plusieurs univers – traditionnel, populaire, parfois plus classique – afin que chacun puisse y trouver sa place, quel que soit son niveau.
Les répétitions se déroulent dans une ambiance exigeante mais bienveillante, avec l’idée de faire progresser les chanteurs tout en préservant le plaisir de chanter ensemble. Pour moi, Passa Parola est à la fois un lieu de formation, de rencontre et de circulation de la parole et des émotions, fidèle à ce que le nom de la chorale suggère : faire passer, de voix en voix, une histoire commune.
Utilisez-vous d’autres formats pour populariser la musique italienne ?
Oui, j’utilise aussi d’autres formats pour populariser la musique italienne. Au delà du concert « classique », je privilégie par exemple :
- des formes plus pédagogiques, comme des ateliers et des rencontres autour du répertoire italien, pour expliquer les œuvres, les auteurs, le contexte historique et la langue ;
- des projets participatifs, où le public est invité à chanter ou à découvrir certains airs de manière plus directe ;
- et, de plus en plus, des formats plus accessibles (captations vidéo, extraits sur les réseaux, collaborations avec d’autres artistes) qui permettent de faire entendre cette musique à des personnes qui ne fréquentent pas forcément les salles de concert.
L’idée est toujours la même : sortir l’opéra et la chanson italienne de leur cadre parfois jugé « intimidant », et les rendre proches, vivantes et partageables par tous.
Vous faites partie du chœur de l’Opéra de Marseille. Avec Emmanuel Trinque, puis Florent Mayet, avez-vous conscience d’être dans une des meilleures formations de France et même d’Europe ?
Oui, j’en ai pleinement conscience. Travailler au sein du Chœur de l’Opéra de Marseille, sous la direction d’Emmanuel Trinque puis de Florent Mayet, c’est évoluer dans une formation d’un niveau exceptionnel.
Au quotidien, on ressent cette exigence : le travail sur la précision, la musicalité, la cohésion d’ensemble, la capacité à aborder des répertoires très différents avec la même rigueur. Mais ce qui fait aussi la force de ce chœur, c’est l’engagement humain et artistique de chacun. On sait que l’on s’inscrit dans une histoire et dans une réputation, et cela nous pousse à être à la hauteur, soir après soir.
Faire partie de cette aventure est à la fois une grande fierté et une responsabilité: celle de porter haut le niveau du chœur, de l’Opéra de Marseille.
Vous avez été distribué récemment distribué à l’Odéon dans Violettes impériales de Vincent Scotto et en 2024 à L’Opéra pour Un ballo in maschera de Giuseppe Verdi. Avez-vous d’autres projets à Marseille ?
Et sur d’autres scènes ?
Je suis toujours en quête de nouveaux projets et de nouveaux challenges, et ces récentes distributions à l’Odéon dans Violettes impériales de Vincent Scotto puis à l’Opéra de Marseille dans Un ballo in mascherade Giuseppe Verdi ont été des expériences particulièrement stimulantes.
Je suis très reconnaissant de la confiance que m’a témoignée Maurice Xiberras en me permettant de prendre part à ces productions. Bien sûr, je resterai pleinement disponible et enthousiaste pour de futurs projets à Marseille, que ce soit à l’Opéra, à l’Odéon ou dans d’autres cadres qui permettent de faire vivre le répertoire lyrique et la musique italienne.
Vous avez récemment rendu hommage à Giacomo Puccini ? Affectionnez-vous particulièrement ce compositeur ?
Oui, j’ai un attachement tout particulier à Puccini : il fait partie de mes compositeurs préférés.
Son sens de la mélodie, sa manière de faire naître l’émotion à travers la voix et l’orchestre, la force dramatique de ses opéras résonnent profondément avec ma sensibilité.
Mais si Puccini occupe une place à part, c’est plus largement le grand répertoire italien qui me passionne : cette écriture vocale exigeante, correspond pleinement à ce que j’aime défendre sur scène. Puccini s’inscrit pour moi dans cette filiation, entre puissance expressive et raffinement du chant.
Avez-vous de rôles fétiches que vous souhaiteriez interpréter ?
Je dois avouer que je suis tellement amoureux de ce répertoire que presque tous les rôles me plaisent.
Plus que des « rôles fétiches » précis, j’aime tout ce qui me pousse à me dépasser: des personnages qui demandent un vrai engagement vocal et dramatique, qui me mettent au défi et m’obligent à me surpasser à chaque représentation. C’est cette exigence-là, plus que tel ou tel rôle en particulier, qui me passionne.
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