Barbara (1930-1997) fut une artiste exceptionnelle. Compositrice dotée d’une étonnante inventivité mélodique, interprète hors-pair, elle reste un phare incontesté de la chanson française du XXème siècle, porteuse qu’elle fut d’une sorte de pessimisme solaire sublimant son histoire doublement tragique. La chanteuse Noémie Waysfeld s’est attaquée à son répertoire et nous a présenté samedi soir à la Criée son spectacle, à l’invitation des Marseille Concert.
Le problème, qui n’en est pas vraiment un, est que cet opérateur culturel majeur nous offre, saison après saison, à de rarissimes exceptions près, des soirées toutes plus remarquables les unes que les autres, même quand l’a programmation sort du registre classique, par exemple pour des concerts de jazz. Or ce soit là, le niveau n’était par atteint à la Criée.
Avec sa précieuse Yiddiche Kultur, Noëmi Waysfeld n’aurait pas sombré dans l’hérésie en nous proposant, par exemple, Göttingen en yiddish, comme elle le fit pour A peine, dans un de ses enregistrements. La mémoire de Monique Serf, alias Barbara, n’en aurait pas frémi. En se contentant de chanter une quinzaine de ses chansons, élégamment, mais sans le pathos nécessaire, elle nous aura laissé sur notre faim.
Certes avec Nantes, l’émotion est apparue et les fantômes se sont discrètement montrés, avant de se retirer, avec un bref retour au moment d’un intéressant travail musical au piano, puis à la voix avec appui de pizzicati à la contrebasse autour de l’Aigle noir. La complicité avec le public appelé à Chanter avec elle Dis quand reviendras-tu ? fut de bon aloi, mais la Belle Dame en Noir ne revenait pas hanter nos souvenirs.
Le projet Barbara de Noemi Waysfeld se décline en deux formats, un dispositif très proche de ce qui fut celui de Barbara, avec Leila Soldevila à la contrebasse et Guillaume de Chassy au piano, celui que nous avons entendu et un autre avec orchestre qui a été expérimenté avec la phalange d’Avignon.
La voix de Noémie Waysfeld est impeccable, l’accompagnement très au point, mais on s’ennuie souvent, par un abus de murmures et, surtout, un manque de projet artistique qui ne relèverait pas d’un simple transposition, aussi respectueuse soit-elle.
Prochain rendez-vous de Marseille Concerts qui va bientôt fêter ses quarante ans, la compagnie de jazz Nine Spirit qui, quant à elle, atteint le quart des siècle, au théâtre de la Criée, le lundi 18 mai à 20h.
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