Il est né dans le Val de Marne, mais est d’origine monténégrine et de langue albanaise. A chacune de ses prestations au Théâtre de la Criée, Angelin Preljocaj remplit la salle et suscite un triomphe avec ses danseurs athlètes. S’il a hélas complètement manqué son approche des Mythologies l’an passé, il a retrouvé avec trois des spectacles de son répertoire sa place parmi les meilleurs chorégraphes du moment et l’adhésion du public qui a multiplié les rappels. Il ne s’agit plus ici, comme il le fit jadis, de revisiter le Lac des cygnes ou Roméo et Juliette, mais de plonger d’une part dans l’histoire religieuse et, d’autre part, dans la mise en gestes des processus de séduction, comme ce fut déjà le cas dans Gravité.
Le premier tableau, « Annonciation », met en scène deux danseuses figurant Marie et l’Ange Gabriel dans une esthétique directement inspirée des peintres de la Renaissance. C’est du grand art, avec un érotisme contenu et des mouvements typiques du maître. Les costumes et les lumières sont remarquablement adaptés au propos.
L’effectif augmente avec « Torpeur » où douze danseurs, six femmes et six hommes, explorent la sensualité et la sidération du désir sur la musique très prenante du collectif 79D. Les figures multiples sont d’une étonnante coordination. Les couples, les trios, hommes et femmes mêlés, relèvent d’une totale modernité pour figurer le trouble par l’effleurement, l’alternance de nonchalance et de vivacité.
Le troisième acte du spectacle les Noces est basé sur l’œuvre éponyme d’Igor Stravinsky. Cette chorégraphie est considérée par les spécialistes comme une pièce phare de Preljocaj, avec une incontestable vision féministe. En effet, la contrainte imposée au corps des femmes est figurée par des poupées en tissu offrant une expérience étonnante, entre l’image fantasmée et la réalité de la femme dans la gestuelle des danseurs et le regard des spectateurs.
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De spectacle en spectacle, cet ensemble nous présente ce qui se fait de mieux en danse dite moderne, avec des danseuses et danseurs qui conservent une étonnante souplesse avec des corps d’athlètes. Pour autant, il ne s’agit pas d’une compétition de gymnastique artistique. C’est bien de la traduction chorégraphique d’un imaginaire protéiforme qu’il s’agit, d’un langage des corps au service d’un discours sur l’humanité.
A près de 70 ans, (sa compagnie, installée à Aix en Provence, en a 40), le chorégraphe qui salue toujours le public avec un pas de danse, déploie un mélange de force et de sensualité à nulle autre pareille et s’agrège des interprètes de qualité majeure. Ce ballet ne répugne pas à se présenter devant des écoliers, ce dont on ne peut que le féliciter. La beauté n’est pas réservée aux élites sociales.
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