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À Marseille, on le sait, ce ne sont pas les ensembles de musique classique qui manquent. Le dynamisme du chant choral et de la musique classique dans la ville est même impressionnant. En revanche, comme le montraient déjà la conférence de Jean-Pierre Bacot sur la musique classique à Marseille et notre récente interview de Philippe Gueit, la visibilité de ces événements, hors phénomène médiatique exceptionnel, comme ce fut le cas lors du passage de Katia Buniatishvili à l’Opéra, reste très faible. C’est d’autant plus regrettable que la qualité des concerts proposés est souvent remarquable. L’ensemble vocal Gyptis pâtit lui aussi de cette situation. Nous lui avons donné la parole, avec une idée simple: à défaut de résoudre le problème, commencer au moins par mieux regarder ce qui existe.
Réponses de Bénédicte Pereira, cheffe de Chœur
Quand vous préparez un programme pour Gyptis, qu’est-ce qui guide d’abord vos choix ?
Je tiens compte de plusieurs paramètres :
1. L’intérêt musical, polyphonique et émotionnel.
2. La faisabilité avec l’effectif et les compétences de mes choristes pour aborder une œuvre dont l’interprétation en concert puisse être de la meilleure qualité possible.
3. Que l’œuvre fasse une part belle au chœur.
4. Que l’effectif instrumental soit modéré pour des raisons financières.
Vous allez de la musique ancienne au contemporain : qu’est-ce qui relie, selon vous, des œuvres aussi éloignées dans le temps ?
La musique dite « ancienne » ou celle du 20ème siècle ont des exigences vocales similaires qui répondent bien aux compétences des chanteurs de Gyptis.
Ce sont également des périodes de l’histoire de la musique très riche en termes de polyphonie vocales sacrées qui est la base de notre répertoire.
La vocalité nécessaire pour interpréter les œuvres choisies est un challenge exaltant que j’ai à cœur de relever pour un partage exigeant, intensément émouvant avec le public qui nous fait l'honneur et le plaisir de nous accompagner dans cette aventure musicale et humaine.
Qui compose aujourd’hui Gyptis ? Quels profils de chanteurs avez-vous réunis, et qu’est-ce qui fait la cohésion de cet ensemble ?
Gyptis est un ensemble vocal mixte, composé de 20 chanteurs confirmés et autonomes : les partitions sont déchiffrées en amont. Certains sont des professionnels passionnés.
L’ensemble est divisé en 4 pupitres soprani (I, II), alti (I, II), ténors, et basses.
Tous réunis dans un idéal commun : transmettre avec chaleur, exigence et enthousiasme notre passion de la musique vocale.
L’exigence, l’assiduité de chacun et la convivialité font la cohésion de l’ensemble.
Comment est né Gyptis ?
L’ensemble vocal Gyptis a été crée à Marseille en 2017 par deux choristes qui ont demandé à Bénédicte Pereira de prendre la direction.
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Réponses de Gisèle Traversa, choriste en charge de la communication Gyptis
Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans cette aventure ?
Plusieurs raisons m’ont naturellement conduite vers l’ensemble vocal Gyptis.
D’abord la rencontre avec Bénédicte Pereira, dont je connaissais déjà la finesse musicale et l’intelligence de direction, a été déterminante.
Par ailleurs, après avoir chanté au sein de très grandes formations vocales, réunissant parfois des centaines de chanteurs, j’ai souhaité m’inscrire dans un ensemble plus intime et plus exigeant. Gyptis, avec sa vingtaine de chanteurs confirmés et professionnels, offre une souplesse de travail et une exigence artistique qui correspondent pleinement à mes attentes.
Enfin, ce que j’apprécie particulièrement, c’est l’engagement de chacun ainsi que les qualités humaines du groupe. L’accueil des personnes chez qui nous répétons et la sympathie de l’ensemble, confirment que j’ai fait le bon choix.
Si vous deviez présenter Gyptis à quelqu’un qui ne vous connaît pas du tout, vous lui diriez quoi ?
Je dirai : « GYPTIS, dirigé par Bénédicte Pereira, est un ensemble vocal mixte de 22 chanteurs confirmés voire professionnels ( ce qui nous donne une certaine souplesse de fonctionnement et surtout une qualité vocale et musicale) qui aborde un répertoire classique, à dominante sacré allant de la musique médiévale à nos jours.
L’ensemble se produit régulièrement à Marseille, Aix en Provence mais aussi dans la région PACA.
Nos œuvres majeures : « La petite messe solennelle » de Rossini, le Requiem de Gabriel Fauré, la « Messa di gloria » de Puccini
En projet pour octobre 2026 : Jesu meine Freude de Bach et Gloria de Vivaldi
Nos œuvres à fortes personnalités : La Misatango de Martin Palmeri et aussi la Gospel Mass de Robert Ray et la Little Jazz Mass de Chilcott
Concrètement, faire vivre un ensemble comme le vôtre à Marseille, qu’est-ce que cela demande ?
Faire vivre un ensemble comme Gyptis, à Marseille, demande à la fois une grande exigence artistique et une grande capacité d’adaptation.
- Il faut maintenir un niveau d’excellence, ce qui implique un travail rigoureux mais surtout un engagement fort et constant de chaque chanteur.se.
- Il faut séduire un public et le fidéliser.
- Créer des liens avec les partenaires culturels et territoriaux.
Marseille est une ville extrêmement riche culturellement. Elle offre une grande diversité, avec des publics variés. Cela implique de savoir proposer des projets qui parlent à un large public, tout en restant fidèle à notre identité.
Aujourd’hui, où est la difficulté principale : recruter, répéter, trouver des lieux, faire venir le public, se faire connaître ?
Le recrutement : il nous manque 2 Ténors.
Les lieux de répétitions : Notre Dame de la Compassion, l’église de Tour Sainte et la maison de retraite Stella Prado, actuellement nous rencontrons des difficultés … Il n’est pas sûr que nous pérennisions ces endroits.
Trouver des lieux de concerts et y faire venir le public : pour les concerts auto-produits c’est toujours le problème : flyers, réseaux sociaux, bouche à oreille, etc.
Essayer de se faire connaître davantage à l’extérieur de Marseille et séduire le public Aixois !
Avez-vous le sentiment qu’à Marseille il existe un vrai public pour le chant choral, mais qu’il ne sait pas toujours où vous trouver ?
Oui c’est exact , il y a à Marseille une vrai tradition musicale (classique, opéras, opérettes, musique sacrée, chant choral, musique contemporaine, gospel …) Beaucoup de Marseillais qui ont fait de la musique étant jeunes (conservatoire, instruments,voix, chorale, école, collège...) continuent plus tard et/ou deviennent mélomanes. La preuve étant que les salles de concerts,La friche, le Silo, Le Dôme, GTP, Opéras affichent souvent « complet ».
Le frein principal, à mon avis, c’est que l’offre est éparpillée, la communication n’est pas centralisée et nous manquons, d’après certains amis, de visibilité, d’un visuel judicieux percutant et en cohérence avec la qualité de nos concerts.
Vous travaillez en ce moment à rendre Gyptis plus lisible : à quel moment vous vous êtes dit qu’il fallait mieux présenter l’ensemble ?
Gyptis est aujourd’hui dans une dynamique très positive, nous avons passé un cap : plus de concerts, de très bons retours du public et de la presse, des invitations (en Corse pour la Misatango, à Antibes pour le Requiem de Fauré en collaboration avec l’orchestre de Cannes).
Mais en parallèle, on se rend compte du décalage qu’il y a entre la qualité de notre travail et notre visibilité.
Lors de nos dernières AG, nous avons décidé de mieux présenter l’ensemble, en modernisant notre image, nos supports de communications en retravaillant notre site, les réseaux sociaux, l’identité visuelle.
Qu’est-ce qui vous manque le plus aujourd’hui pour aller plus loin : des relais, des partenaires, des lieux, du soutien, ou tout simplement plus de visibilité ?
L'implantation sur la région paca. Il va nous manquer un lieu de répétition car nous ne pouvons plus aller à La compassion, avec Tour sainte cela devient compliqué.
Il nous manque une grande visibilité pour fidéliser notre public et en conquérir de nouveaux.
L’entretien le montre bien: Gyptis a un projet, un niveau, une identité, un répertoire. Ce qui lui manque le plus n’est certainement pas l’énergie, mais une visibilité à la hauteur du travail accompli et de son investissement. Et sur ce point, la question dépasse largement Gyptis : à Marseille, beaucoup d’initiatives culturelles existent, mais trop peu bénéficient encore de relais assez forts pour élargir vraiment leur public.
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