Nul besoin d’être en deuil, ni même croyant, pour apprécier un Requiem. De plus, Johannes Brahms nous a prévenus, cette musique d’une grande profondeur est d’abord et avant tout une œuvre humaine. Elle fut écrite à la mémoire de Robert Schumann (1810-1856) et de sa propre mère, dans la langue de Goethe, en bonne logique luthérienne délatinisée.
Cet opus 45, écrit entre 1854 et 1858, comprend sept parties. Il commence par une citation célèbre de l’évangile selon Mathieu : « Selig sind, die da Leid tragen, denn sie sollen getröstet werden » (Bienheureux ceux qui souffrent, car ils seront consolés), texte chantépianissimo par le chœur, après une brève introduction par les cordes graves et les cors. L’ambiance est d’entrée au recueillement. Puis se déroule un registre complexe que l’on qualifierait volontiers de pré-moderne, plutôt que de post-romantique, où le souvenir de Bach est cependant présent. Brahms était très attaché au Kantor de Leipzig et en particulier à sa messe en si et il lui rend hommage.
Dans le dernier mouvement, Brahms reprend un thème utilisé par Bach dans sa cantate BWV 27, Wer weiß, wie nahe mir mein Ende?(Qui sait combien ma fin est proche ?), motif qu’il avait lui même repris à Georg Neumark. Cet hymne à la rédemption sera aussi utilisé par Mendelssohn et Schumann.
Brahms qui n’avait pas encore commencé à écrire des symphonies est déjà avec ce Requiem allemand au sommet de son langage spécifique, dans lequel Françoise Sagan vit jadis un outil de séduction (Aimez-vous Brahms ? 1961).
Michele Spotti a tenu à dédier ce concert à l’immense baryton que fut José Van Dam, né en 1940 et qui nous a quittés le 17 février dernier à l’âge de 86 ans. Van Dam a connu une carrière mondiale et sera à jamais considéré comme un serviteur hors norme des multiples univers musicaux qu’il a abordés (de Mozart à Carlos Garden, de Verdi à Messiaen). En bon italien, le chef a souhaité associer à cet hommage le souvenir de toutes les mammas.
Sous cette égide, l’orchestre de Marseille s’est attaqué avec bonheur à une partition majeure, le 27 février au soir, à l’Opéra, sous la direction du maestro Michele Spotti, avec deux solistes, la soprano Camille Schnoor et le baryton Philippe-Nicolas Martin, sans oublier le chœur de l’Opéra, dont le rôle était ici crucial.
La phalange phocéenne, le chœur et leurs chefs respectifs Michele Spotti et Florent Mayet, ont été acclamés, tandis que les deux solistes bénéficiaient d’un succès d’estime. Il est vrai que l’exigence est devenue telle à Marseille que l’on peut se permettre de remarquer que le baryton Philippe Nicolas Martin, à la voix chaude et bien timbrée manquait de la puissance nécessaire pour émerger d’un orchestre et d’un chœur réunis. Nous l’avons plusieurs fois entendu à Marseille dans des rôles qu’il tenait fort bien, comme le Garde forestier dans la Rusalka de Dvořák
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Quant à la soprano Camille Schnoor, qui avait également chanté dans Rusalka (la princesse étrangère), elle ne manque certes pas de cette force vocale, mais son timbre ne nous est pas apparu idéal pour ce registre de déploration. On lui doit d’avoir participé à la résurrection d’Héliane d’Erich Wolfgang Korngold en janvier l’Opéra du Rhin.
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Quoi qu’il en soit de ces bémols, ce concert a confirmé à qui pourrait encore en douter que cet orchestre, musiciens et choristes, continue à progresser sous la baguette de ses chefs, qu’il s’agisse d’interpréter Brahms, Mahler, Verdi ou Rossini, en attendant Poulenc.
Le prochain rendez-vous de l’orchestre et de son public est prévu le 12 avril à 16h, toujours à l’Opéra, avec l’opus 52 (la symphonie inachevée) et la symphonie n° 3 en mi b majeur, op 97 de Robert Schumann. Nous pourrons également découvrir avec, en soliste, le clarinettiste Alessandro Carbonare, La Vie est belle (La vita è bella) de Nicola Piovani, musique du film éponyme de Roberto Benigni. Ce compositeur fut également le collaborateur de Federico Fellini, après la mort de Nino Rota.
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