Il faisait très beau à Marseille samedi. Premier jour du printemps, et aussi anniversaire de Bach, coïncidence que le festival Mars en Baroque ne pouvait pas laisser passer. Salomé Gasselin et Arnaud de Pasquale étaient au Pharo. La salle était pleine : la chaleur allait finir par poser des problèmes, pas seulement pour le public, mais surtout pour les instruments.
Jean-Marc Aymes, directeur du festival, prévint d’emblée : le clavecin souffrait de la température. Salomé Gasselin ajouta que sa viole, arrivée la veille seulement, passait brutalement de l’hiver à l’été, mauvaise nouvelle pour les cordes en boyau. Il fallait une oreille très exercée pour déceler ces légères imperfections. Les musiciens eux-mêmes s’arrêtaient longuement avant chaque pièce pour accorder. Ce rituel répété disait, mieux que tout, les contraintes de la soirée.
Le programme s’ouvrait sur une Sonatina de Biber, courte et élégante. On sentait la viole nous ensorceler par son expressivité et sa façon de presque chanter là où on attendrait qu’elle joue. Le clavecin restait en retrait, au continuo, comme s’il apprenait encore à écouter.
Puis Bach. Dans la Sonate BWV 965, adaptation d’une pièce de Reincken, les deux musiciens trouvèrent rapidement quelque chose qui ressemblait à de la joie. L’œuvre tient plus d’une suite de danses que d’une sonate, ils jouaient de cette ambiguïté. La fugue fut, pour moi, le moment le plus fort : Salomé Gasselin y déployait ses ornements avec une aisance déconcertante, avant de laisser Arnaud de Pasquale prendre toute la place — et son clavecin prenait toute son ampleur, une plénitude de son qu’il ne sacrifie jamais au profit de l’effet.
Arnaud de Pasquale quitta alors la scène. Salomé Gasselin resta seule. Long moment d’accordage, puis une anecdote : la lumière aperçue depuis les escaliers de la gare de Marseille l’avait aidée à aborder autrement la Suite si sombre BWV 1008, qu’elle avait elle-même transcrite pour viole. De gravité, il n’y eut que l’émotion. Et c’était aussi un spectacle visuel : ce poignet libre, presque indépendant, qui semblait conduire son archet.
La Sonate BWV 1028 concluait le concert. Là, le clavecin ne se contente plus d’accompagner, il répond et relance. On sentait les deux musiciens attentifs l’un à l’autre, dans cet échange de lignes où aucun ne prend le dessus vraiment. L’harmonie des deux musiciens subjuguait, dans un moment musical qui nous restera.
Le public les rappela. Ils ne se firent pas prier et offrirent deux bis très courts, ouverts par des pizzicati vifs, presque espiègles. Des danses hongroises, dit Salomé Gasselin, découvertes chez Arnaud de Pasquale dont elle ignorait le nom du compositeur. L’une d’elles s’appelait « Reviens de ton exil ». Joli titre pour finir une soirée comme celle-là.
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