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Dimanche, il pleut. Encore. Nous nous dépêchons d’entrer à l’Odéon et là, seulement quelques minutes avant le début du spectacle, nous pénétrons dans une salle très largement garnie. C’est une grande satisfaction de voir le public marseillais récompenser ainsi Maurice Xiberras et Jean-Christophe Keck pour la programmation de ces Dimanches d’Offenbach. 10e saison, 35e dimanche, bravo…
Nous l’avons déjà écrit ici, ce format est particulièrement efficace. Une œuvre courte au livret toujours très drôle et incisif, la musique percutante et raffinée du Maître de l’opérette. Des artistes de haut niveau sous la houlette du spécialiste Jean-Christophe Keck, tout ça pour 10 €. Le spectacle vivant mérite d’être porté en exergue.
Encore faut-il que les promesses soient tenues, car derrière le principe se joue l’exécution : la précision du jeu, la vivacité de la musique, l’intelligence de la direction et l’engagement des artistes. Avec Il signor Fagotto, Offenbach n’offre pas seulement une farce légère, mais un petit bijou de théâtre musical où le ridicule, savamment dosé, devient un art.
Comme à chaque fois, Jean-Christophe Keck présente avec beaucoup d’esprit l’œuvre dans son contexte historique. Puis certains des artistes exécutent quelques airs d’une œuvre d’Offenbach, Maître Péronille, à l’écriture vive. Ce sera, pour notre part, l’occasion de découvrir et d’apprécier pour la première fois, la jeune soprano Margot Fillol.
Jean-Christophe Keck plante alors le décor de l’opérette, grâce auquel chaque spectateur va se projeter dans l’œuvre. Il faut dire que la scène de l’Odéon est totalement nue. L’imagination fait parfois des miracles et nous nous retrouvons ainsi dans une ambiance très moliéresque : un salon bourgeois aux murs décorés d’autographes d’artistes. Bertolucci (Franck T’Hézan), bourgeois ridicule épris de grande musique va se faire rouler dans la farine par son valet Bacolo (Xavier Mauconduit), qui se fait passer pour Il signor Fagotto. Fasciné par ce faux maestro, il entend marier sa fille Clorinda (Margot Fillol), bien aidée par la servante Moschetta (Aude Fabre), au pompeux Caramello (Till Fechner), alors qu’elle aime en secret son maître de musique Fabricio (Aurélie Fargues). Un rôle masculin interprété comme à l’époque par une soprano.
La supercherie finit par éclater, laissant triompher les amours sincères et ridiculisant les vanités bourgeoises.
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Le livret jongle avec les bons mots, la musique épouse parfaitement l’arc narratif et subtilement drôle de l’œuvre. Le tout porté par la direction alerte et toujours très habitée de Jean-Christophe Keck et le jeu nuancé et plein d’entrain du pianiste Diego Mingolla. Les chanteurs n’étaient pas en reste, qui laissaient l’impression de prendre beaucoup de plaisir tous ensemble sans oublier l’habileté de Jean-Christophe Keck à réunir une distribution aussi homogène. Les voix se prêtaient naturellement et avec bonheur à l’esprit de l’opérette.
Du côté des rôles féminins, l’énergie et la finesse vocale ont été au rendez-vous, tandis que les interprètes masculins ont apporté une touche de caricature savoureuse.
Nous avons apprécié la superbe performance de Margot Fillol, pour nous une très belle rencontre, très à l’aise sur la scène, sa puissance au service d’une voix très claire, impressionnait. Aurélie Fargues à la jolie voix et aux beaux aigus dont la diction était parfois moins nette et qui a tenu son rôle avec aplomb et Aude Fabre, aux aigus délicats qui signait un personnage très fin qui apportait toute sa vivacité et son ironie au rôle.
Franck T’Hézan présentait une voix ample, chaleureuse, parfaite pour l’opérette. Sa présence scénique était imposante. Xavier Mauconduit nous a gratifiés de son chant très clair qui possède beaucoup de caractère. Sa présence était remarquable, ses airs très réussis, avec son accent italien volontairement outré ; le numéro d’imitation des cris d’animaux était parfaitement hilarant. Enfin, Till Fechner aux graves longs et appuyés, était délicieusement caricatural ; récitatif brillant, pompeux et très drôle, vraiment parfait.
Tout est bien qui finit bien, Fabricio et Clorinda, Bacolo et Moschetta se marient… le public tape des mains pour le final repris en bis.
Dehors, il pleut, mais tout le monde s’en moque.
Prochains rendez-vous des « dimanches d’Offenbach » : 29 mars à 16 heures pour Luc et Lucette et 26 avril à 16 heures pour Daphnis et Chloé.
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