Après I Masnadieri de Verdi en janvier, l’Opéra de Marseille a offert au public une autre passionnante redécouverte, un Rossini millésimé 1819, créé au San Carlo de Naples et composé entre Armida et Zelmira, adapté sans grand talent par Andrea Leone Tottola à partir de l’Andromaque de Jean Racine (1667). Encore un livret mal ficelé... Ma Prima la Musica.
Si les triomphes sont fréquents à l’Opéra de Marseille, l’accueil qu’a reçu cette production donnée en forme oratorio de la part du public a été exceptionnel. Les Phocéens, on le constate spectacle après spectacle, aiment leur orchestre et son chef Michele Spotti.
Nous reviendrons sur la confirmation de l’immense talent de Karine Deshayes et Enea Scala pour commencer par une belle surprise, la prestation du ténor sud-africain Levy Sekgapane, doté d’une voix superbement timbrée et d’une remarquable agilité qui en font une sorte de ténor colorature, très à son aise dans les arpèges et les notes piquées finissant dans le suraigu. Campant Oreste, le fils d’Agamemnon, il a soulevé l’enthousiasme.
Il en a été de même pour la mezzo-soprano Teresa Iervolino (Andromaca) qui possède le talent vocal et dramatique requis dans un rôle difficile, d’autant qu’elle était confrontée à des chanteurs d’exception. Cette qualité dans la distribution est une marque de fabrique locale qui fourni aux artistes lyriques de belles références.
Rossini a multiplié dans Ermione les airs de bravoure : solos, duos, quatuors, quintettes et jusqu’à des nonettes, puisqu’à plusieurs reprises, l’ensemble de la distribution joue ensemble, ce qui souligne la qualité d’écriture de cette partition pleine d’idées, à laquelle Michele Spotti a donné une dynamique exceptionnelle. Le maestro regarde souvent les chanteurs qui sont pourtant derrière lui dans ce dispositif, les intégrant, et nous avec, aux univers sonores qu’il interprète. L’orchestre parfaitement mené, soutient l’action entre ambiance orageuse et dentelles reposantes, avec l’appui fréquent de la flûte et de la clarinette
Quant au chœur, présent depuis l’ouverture, il a fait mieux que tenir sa place, avec fonction de chœur antique. Les applaudissements adressés au salut final à son chef Florent Mayet ont démontré l’admiration du public.
Venons en à ces deux monstres sacrés qui ont si souvent chanté ensemble et, en particulier à Marseille, la mezzo soprano Karine Deshayes, dans le rôle titre d’Ermione et le ténor Enea Scala dans celui de Pirro. La première est en passe de réussir son pari de tenir l’ensemble des rôles que chanta Isabelle Colbran (Ysabél Valdomera Angela Colbran Ortolá 1785-1845), la muse et compagne de Giacomo Rossini. Cela nous promet d’autres belles découvertes dans les saisons à venir. Il reste, a minima, compte tenu de ce ce qui a été déjà donné à Marseille depuis 15 ans (13 opéras), Le nozze di Teti e Peleo, Otello, Ricciardo e Zoraïde, Mosè in Egitto, Maometto II et Zelmira.
Si elle nous a semblé très légèrement en retrait au début du premier acte, Karine Deshayes a ensuite sublimé sa partie, étonnante de puissance, d’agilité et d’expressivité, se jouant de difficultés vocales qui pullulent dans la partition.
Quant à Enea Scala, confirmant son aisance époustouflante dans les aigus souvent longuement tenus, il nous semble encore avoir gagné en puissance. Qui plus est, le piège tendu par Rossini nous a permis de l’entendre chanter des graves de baryton, succédant à de longues minutes de variations dans la quinte aigue, sans doute épuisantes.
Les duos entre les deux personnages, passant de l’amour à la haine, quand nous ne sommes pas dans la confusion des sentiments, étaient impressionnants. Rossini qui, en 1819, avait abordé depuis deux ans l’Opera Seria, laissant derrière lui l’Opera Buffa, se trouvait au mieux de son inspiration. Ermione n’est pas une œuvre mineure sortie des archives. Il s’agit d’un chef d’œuvre oublié, la faute en revenant peut-être à ce librettiste indigne de Racine.
Les autres rôles de la distribution, ont été fort justement acclamés : le ténor Matteo Macchioni, dans le rôle de Pilade, à qui Rossini a confié des moments de virtuosité dont le chanteur s’est très bien tiré, la basse Louis Morvan, à la voix très chaude et joliment timbrée, la mezzo Mathilde Ortscheidt, parfaite belcantiste, la soprano Marina Fita Montfort, sorte de figure de l’innocence dans un monde de fauves et le ténor Carl Ghazarossian toujours aussi brillant.
Deux représentations sont prévues pour cette Ermione, au lieu d’une seule pour I Masnadieri, On notera un certain progrès, mais comme on le dit souvent à titre d’encouragement : pourrait mieux faire, quantitativement, parce que qualitativement parlant, on peut difficilement rêver mieux.
Pour le prochain spectacle, changement d’ambiance garanti avec le Dialogue des Carmélites de Francis Poulenc. C’est la cheffe brésilienne Deborah Waldman qui dirigera l’orchestre et parmi les quatorze chanteurs, on retrouvera notamment Angélique Boudeville, Laurence Janot, Marc Barrard, Gilen Goicoechea, Frédéric Cornille et Thomas Dear. Trois représentations sont prévues les mercredi 25 mars et vendredi 27 mars à 20 h et le dimanche 29 mars à 14h30.
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