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Lyrica Massilia. Regards lyriques et musicaux – Marseille & Provence

Photo © Christian Dresse

 

En cet après-midi morose, un public intergénérationnel se pressait à l’Odéon dans l’espoir de retrouver un rayon de soleil avec Violettes Impériales, créée en 1948 par Vincent Scotto. Son attente fut comblée au-delà de ses espérances.

 

Le thème était pourtant rebattu : un amour impossible entre un noble espagnol et une bouquetière, fille du peuple, sur fond de tentatives de mariages arrangés. Mais dès le lever de rideau, la magie de la musique sublimée par la mise en scène magistrale de Carole Clin entraîna derrière elle un public demandeur.

 

Les décors sobres mais parlants le plongèrent d’abord dans une Andalousie suggérée par un patio traditionnel et des lieux sévillans, puis le transportèrent à la cour impériale avec entre autres, les portraits d’Eugénie et de Napoléon III. L’évocation de la tentative d’assassinat contre les souverains par un film très court mais violent rompit soudain avec la sérénité des lieux accentuant le caractère dramatique de la situation.

 

Evoluant dans ce décor de fond de scène, des personnages aux costumes dont la richesse, sublimée par les lumières, alla crescendo : à l’ouverture des tenues aux couleurs dignes des Caprices de Goya, puis le costume à la crinoline imposante installant le personnage sévère de la duchesse douairière, Madame D’Arcaniz (Elisabeth Aubert). Au second acte, les tenues rutilantes teintées de violet de l’Impératrice entourée de ses dames d’honneur rappelaient un tableau de Winterhalter. Sans compter l’improbable toilette de cour aux couleurs criardes portée par Seraphina (Julie Morgane) à la fin de ce même acte.

 

Un ridicule assumé par la mezzo-soprano, déjà connue du public, toujours en attente des facéties de ce personnage naturel et désopilant. Il ne fut pas déçu lorsque, affublée d’un casque de pigeon, elle se mit à roucouler dans la taverne avec Picadouros (Dominique Desmons) aussi ridicule qu’elle : un véritable duo burlesque ! Plus loin, après l’annonce de leur mariage, et lorsqu’elle évoqua, pétulante, ses projets d’adultère et de «trouple » futur avec Estampillo, elle suscita l’hilarité générale. Fabrice Todaro afficha d’ailleurs un malin plaisir en jouant ce valet dévoué, abusant d’un comique vocal, gestuel et vestimentaire. Quant à son maître, dont le nom évoque malicieusement une célèbre marque de cigares prisée de la bourgeoisie, il s’imposa immédiatement sur scène. Dès les premières minutes, il parada, affichant sans détour et avec humour son personnage caricatural de vieux barbon, proclamant : «  On a l’âge de son portefeuille ».

 

Beaucoup plus sérieuse, à la hauteur de son rôle, Perrine Cabassud incarnait une Eugénie imposante par sa magnanimité, sa noblesse et sa distinction. A ses côtés, Violetta (Amandine Amirati), simple marchande de violettes à la voix émouvante, sut se muer en un personnage assuré, indispensable à la Cour. En attestent, avec sa voix entraînante, le « Qui veut mon bouquet de violettes ? » qu’elle chanta au plus près du public et la fameuse « Valse des violettes » où, englobant la cour et le public, elle alliait performances vocales et talent théâtral.

 

Face à elle, Don Juan (Frédéric Cornille) à la voix ample et persuasive laissa le public méfiant après « Ce soir, mon amour ». Mais l’interprétation poignante de l’aveu à sa mère avec le « si tu voyais son visage » l’acquit pleinement à sa cause. Par la suite, il déroula avec sa voix puissante aux accents nostalgiques puis tendres un personnage à la diction claire et à l’autorité naturelle.

 

En contrepoint avec le couple phare, un couple exubérant interprété par Laura Tardino (Rosette) et Jean Galtier (Loquito). A la fois chanteurs, acrobates, comédiens et danseurs classiques, ils contribuèrent à pimper l’action.  Par l’étendue de son registre, le corps de ballet participa aussi au dynamisme du spectacle. Après une danse espagnole inspirée des sévillanes, il passa avec aisance des valses de cour tourbillonnantes à un French Cancan endiablé et à de purs moments de danse classique. N’oublions pas les choristes et l’Orchestre de l’Opéra de Marseille qui, avec les autres intervenants, contribuèrent grandement à la vitalité de l’ensemble.

 

Les spectateurs ne se lassaient pas d’écouter la « valse des violettes ». Amusés par le tableau malicieux de la Joconde surmonté d’un bouquet de violettes brandi en fond de scène, ils sortirent ragaillardis, prêts à affronter l’extérieur et rêvant déjà à une future opérette aussi riche en émotions et en rires que celle qu’ils venaient de voir.

 

 

 

 

Published by Michèle Rossi - Odéon

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Critiques, portraits et récits de scène. Un regard indépendant sur l’art lyrique et musical à Marseille et en Provence.

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