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Lyrica Massilia. Regards lyriques et musicaux – Marseille & Provence

 

Philippe Gueit nous avait conviés à son récital, donné à la petite église de Sainte-Anne, ce dimanche 4 janvier.

En préambule, il est venu saluer le public et souhaiter la bonne année, annoncer la création de sa nouvelle chaîne musicale, Classique en scène, sans oublier de rendre un sincère hommage aux victimes de Crans-Montana. Nous l’en remercions.

Il aborda ensuite la présentation du récital et d’un programme particulièrement adéquat à la période, intitulé : Un Noël avec Franz Liszt. Un programme d’une grande rareté, non seulement par l’interprétation de la totalité des douze pièces, mais aussi par l’alternance entre orgue et piano. Philippe Gueit avait organisé le récital en quatre parties qu’il venait tour à tour commenter. C’est à souligner et à saluer : l’écoute y gagne forcément.

L’Arbre de Noël (Weihnachtsbaum, S.186) est une œuvre que Liszt composa à la fin de sa vie pour sa petite-fille, Daniela Von Bülow. Ce sont des pages plus dépouillées, où l’émotion prime par la simplicité et par une forme de piété pudique.

La réverbération de l’église s’atténuait avec la nef pleine, le récital pouvait commencer.

Philippe Gueit choisit d’en interpréter les quatre premières pièces à l’orgue, souhaitant mettre en avant leur aspect religieux. À l’origine, ces pages sont écrites pour le piano. Ce détour par l’orgue, assumé pour en souligner la dimension liturgique, installe d’emblée un climat de recueillement, même si l’on se surprend à attendre ensuite le retour au piano. La musique, à mon avis, s’y fait plus intérieure. Cela s’impose notamment dans le très connu Adeste fideles, que Liszt transforme en véritable page de ferveur processionnelle, tournée vers l’Épiphanie.

 

 

Après ces transcriptions de cantiques, c’est autour du sapin de Noël que le programme s’attela : un rare scherzo chez Liszt, évoquant l’allumage des bougies de l’arbre, puis un carillon, puis une berceuse. Ces trois miniatures ont mis en lumière les partis pris de Philippe Gueit : une attention particulière portée aux nuances, une fluidité du chant et une épure qui refuse l’effet facile, s’appuyant sur une gestion précise des pédales et des résonances. Mais c’est dans la très longue et monumentale Bénédiction de Dieu dans la solitude (près d’un quart d’heure), extraite des Harmonies poétiques et religieuses, que l’architecture du jeu s’est pleinement déployée. Pièce maîtresse du récital, elle a bénéficié d'une lecture habitée où le toucher, à la fois précis et aérien, a permis de restituer la densité spirituelle et les contrastes de cette partition si sensible et émouvante.

La troisième partie rappelait le lien qui unissait Liszt à Marseille. Philippe Gueit en éclairait le contexte, évoquant la relation entre le compositeur et la maison Boisselot, facteur de pianos marseillaise. Trois pièces, toujours très courtes, complétées par l’Hymne de l’enfant à son réveil, page expressive et mélancolique tirée là encore des Harmonies poétiques et religieuses. Et si le compositeur était venu à plusieurs reprises en Provence, ce Vieux chant de Noël provençal en apportait un écho naturel. Cette partie permit surtout d’apprécier Cloches du soir où les notes s’enchaînent, s’entrelacent, virevoltent, s’entrechoquent, dans des nuances qui évoquent, avant l’heure, Debussy.

Pour terminer le récital, Philippe Gueit proposait le dernier triptyque de L’Arbre de Noël, Jadis, Noël hongrois et Noël polonais. Dans sa présentation, il reliait ces pages à la relation de Liszt avec la princesse Carolyne zu Sayn-Wittgenstein, et à cette complexité des sentiments qu’elles laissent affleurer. Tour à tour graves ou apaisées, parfois presque violentes, puis soudain mélancoliques, elles donnent un visage très moderne du Liszt tardif. Bartók y voyait, disait-il, des « modèles extraordinaires d’innovation, de hardiesse et de recherche harmonique ». Elles étaient accompagnées du Cantique d’amour, toujours extrait des Harmonies poétiques et religieuses, dont l’interprétation, au legato affirmé, faisait entendre toute la spiritualité contenue dans l’écriture du compositeur.

Le public marseillais, et particulièrement celui de Sainte-Anne, a pu fêter ensuite dignement cette Épiphanie, un peu en avance : notre hôte et son épouse avaient eu la gentillesse de partager la galette des rois avec leur public.

Un programme rare, une facette méconnue du grand compositeur hongrois, un récital très dense et très maîtrisé. L’année musicale s’annonce passionnante pour les amateurs de musique classique.

 

 

Classique en scène :  https://www.youtube.com/@classiqueenscene

 

Published by Jean-Marie Cabot - Arpeggione

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