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Lyrica Massilia. Regards lyriques et musicaux – Marseille & Provence

Barbier de Séville à l'Opéra de Marseille pour Noël
Photo © Christian Dresse

 

Aussi célèbre que soit ce Barbier, il n’en demeure pas moins d’une difficulté d’interprétation redoutable. Les chanteurs sont poussés dans leurs retranchements et les réglages que nécessitent les nombreux ensembles demandent une belle coordination avec l’orchestre. Aussi conviendra-t-il de féliciter d’entrée la cheffe de chant, Fabienne Di Landro, pour cette réussite incontestable du dernier Opéra de l’année à Marseille. L‘orchestre avait été placé sous la direction d’un chef invité, Alessandro Cadario. Dès la célébrissime ouverture, pétillante à souhait, il a été d’une précision et d’une efficacité remarquables à la tête d’une phalange qui se maintient au plus haut niveau, quel que soit le programme.

 

Dans le rôle de Figaro, Vito Priante a fait preuve d’étonnantes qualités vocales. Avec des graves sonnants et des aigus éclatants, ce baryton possède l’agilité et la puissance requises pour incarner un personnage truculent. Le tenore di grazia Santiago Ballerini qui chantait le Comte Almaviva, dont le phrasé est impeccable, est capable de produire des sons filés de toute beauté dans son registre de séducteur. Quant à Éléonore Pancrazi, Rosina, elle est sans aucun doute l’une des meilleures mezzo-colorature du moment. L’ajaccienne a soulevé l’enthousiasme des Marseillais. Andrea Soare, soprano, nous a étonnés par la puissance de sa voix, contrastant avec l’aspect que lui donnait son costume de vieille rombière acariâtre. Marc Barrard, que nous avons retrouvé avec plaisir, campait un docteur Bartolo truculent et vocalement irréprochable. Dans le rôle de Don Basilio, Alessio Cacciamani, basse, s’est montré lui aussi d’une étonnante vocalité, notamment dans l’air de la calomnie, complétant un ensemble vocal d’une précision diabolique.

 

Les chanteurs, excellents comédiens et fort bien dirigés, visiblement heureux d’être ensemble, ont reçu une ovation comme on en entend peu. Avec les barytons Norbert Dol (l’officier) et Gilen Goicoechea (Fiorello), on associera les chœurs et leur chef Florent Mayet aux compliments, sans oublier les comédiens Laurent Dallas et Hagop Kalfayan. A un public connaissant souvent parfaitement l’œuvre et, qui plus est, conserve dans l’oreille des interprétations d’anthologie, il faut offrir le meilleur. L’Opéra de Marseille n’a pas manqué à sa réputation d’excellence.

 

Ce Barbier de Séville, composé en deux semaines, c’est l’Italie qui regarde l’Espagne sur un livret français de Beaumarchais adapté pour Rossini par Cesare Sterbini. L’auteur de la mise en scène, des décors et des costumes, Pierre-Emmanuel Rousseau, a construit au service de ce triangle une lecture au premier degré et demi très efficace, avec une distance délicate par rapport à une tradition bien établie, évitant le poncif, autant que le risque de la transposition. Nous sommes dans une Espagne de la fin du XVIIIème siècle pleine de contraintes sociales, politiques et religieuses, tempérées par une histoire classique d’amour contrarié qui finit par s’accomplir.

 

Le génie de Pesaro a eu droit à une bronca sous-tendue par la jalousie de ses concurrents à la première de son opéra bouffe au Teatro Argentino de Rome en février 1816. Dès la deuxième représentation, ce fut un succès qui ne s’est jamais démenti, depuis plus de deux siècles. A Marseille nous l’avons déjà entendu en 2018. Nous le retrouverons, puisque le public en est friand et qu’il est réputé être roi. Il remplit en tout cas la salle, ce dont on ne peut que se réjouir.

 

Après le triomphe du Falstaff de Verdi qui ouvrait sa saison italienne, l’Opéra de Marseille marque un nouveau point avec ce Barbiere di Siviglia di alta qualità. Cinq représentations sont prévues, en attendant deux découvertes : I Masnadieri  de Verdi, puis Ermione de Rossini, en février.

 

 

 

 

Published by Jean-Pierre Bacot - Opéra de Marseille

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Critiques, portraits et récits de scène. Un regard indépendant sur l’art lyrique et musical à Marseille et en Provence.

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