La pianiste Vanessa Wagner a construit sa réputation sur un répertoire qui interdit de la juger sérieusement. Philip Glass, compositeur américain né en 1937, est l’un de ceux que l’on dit minimalistes. L’interprétation de onze de ses dix-huit études pour piano permet, par une dynamique parfois percussive, d’en faire quelque chose d’agréable, sans plus. La musique est audible, tonale, et crée une ambiance. Quant à la poésie, la tension émotive, voire autres formules convenues, certain-e-s semblent en éprouver à son écoute.
Marseille Concerts avait dédié ce concert du dimanche matin dans un Foyer Reyer de l’Opéra rempli à ras bord, au jeune public, preuve que cette musique n’est pas trop compliquée, comme celle d’Eric Satie, dont Vanessa Wagner a joué la première et la troisième Gnossiennes et la première Gymnopédie. Mais cette tranche d’âge était absente d’une salle qui revivait peut-être son enfance. Compte tenu du succès, il faudra que la pianiste revienne la saison prochaine pour satisfaire toutes les demandes, ce qu’elle a accepté de faire.
En bis, Vanessa Wagner a joué Dead Things de Philip Glass, morceau issu de la bande originale du film The Hours (2002) de Stephen Daldry, adapté du roman éponyme de Michael Cunningham. Cette partition a été arrangée pour le piano par Nico Muhly. Ces musiques de film constituent l’un des deux domaines qui ont rendu Philip Glass célèbre, l’autre étant sa trilogie lyrique : Einstein on the beach (1976), Satyagraha (1980) et Akhnaten (1983-1984). Le catalogue des œuvres du compositeur est considérable.
On ne peut expliquer le décalage que nous avons pu éprouver entre le programme du concert et sa réception par le public qu’en invoquant une sorte de star system, phénomène déjà constaté à Marseille avec Kathia Buniatishvili qui a rempli l’Opéra le 5 novembre dernier. Ce vedettariat n’épargne pas la musique classique et il n’existe pas seulement dans le milieu lyrique. Ont été programmés dans la Cité phocéenne, que cela soit avec Marseille Concerts, les Amis de Chopin, Philippe Gueit et Arpeggione ou encore la Société de musique de chambre, des pianistes d’une autre trempe, qui ne bénéficient pourtant pas du même public. C’est en fait un problème de communication.
Quant à Vanessa Wagner, artiste parfaitement libre de ses choix, elle s’est inscrite dans un créneau qui a séduit un public. Certes, comme elle le dit volontiers, « sa musique minimaliste est loin d’être tranquille ». Et si elle ouvre des voies, c’est hélas souvent vers une impasse. Par ailleurs, les compositions d’Eric Satie, disparu il y a un siècle, ne relèvent pas vraiment de la « musique d’ameublement », mais elles sont loin d’atteindre la qualité de certaines œuvres de compositeurs allemands des années 1930 que nous fait découvrir, année après année le festival Musiques Interdites ou, pour rester dans le registre minimaliste, d’égaler l’immense talent d’un Arvo Pärt (1935), exact contemporain de Philip Glass.
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