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Lyrica Massilia. Regards lyriques et musicaux – Marseille & Provence

Photo © Jean Pierre Daudon

 

🎭 À relire avant la rentrée lyrique 2025-2026

 

 

Décidément, les représentations d’opéras en version de poche du Festival Durance Luberon nous réservent de bien belles découvertes. Cette année, c’est à Lucie Émeraude, la soprano bordelaise, que nous pensons.

Un opéra de poche, c’est la version réduite de l’œuvre originale : un piano, une scène, des décors minimalistes, des chœurs resserrés. Mais tout cela fut compensé, ce 15 août, par la mise en scène subtile de Vladik Polionov, par ses explications précises et pertinentes de chacun des quatre tableaux qui dispensaient de lire le sur-titrage, et par des artistes engagés, volontaires, de tout premier plan. Le tout porté par le lieu : le fabuleux château de la Tour d’Aigues, au cœur du sud Luberon.

Ce soir d’été, après la pluie de la veille, la température était douce. Le public s’était déplacé en nombre, jeunes et moins jeunes mêlés, pour découvrir cette Traviata en format intime.

Au XIXe siècle, La Traviata, œuvre contemporaine, reflétait aux spectateurs leur propre monde. Lieux, mobiliers, vêtements leur étaient familiers, et ce qu’ils apercevaient sur scène leur semblait proche. Aujourd’hui, transposer les cadres à notre époque, sans trahir l’œuvre, paraît finalement assez naturel. Pour ma part, j’adhère à cette volonté de mise en scène, le livret s’y prêtant volontiers.

La Traviata raconte l’histoire de Violetta, courtisane parisienne qui renonce à sa vie mondaine pour l’amour sincère d’Alfredo. Mais sous la pression du père de ce dernier, elle sacrifie son bonheur et s’éloigne de lui. Malade, elle meurt dans les bras d’Alfredo revenu trop tard.

Photo © S. Bégot

Dans cette version de poche, les seconds rôles étaient un peu en retrait. C’est le choix du format, qui concentre l’action sur le trio principal : Violetta, Alfredo et Germont père. On aurait aimé profiter davantage des belles voix de Carole Meyer (Flora), déjà remarquée récemment dans ce même festival, de Marie Pons (Annina) à la voix ample et très pure, de Jean-Michel Muscat (le Baron), familier des chœurs de l’Opéra de Marseille, aussi à l’aise aux cartes qu’habile à la danse et aux jolis aigus, de Gabriel Rixte (Gaston), et surtout de Maurel Endong (le Dr Grenvil), dont les graves profonds, sombres et ténébreux incarnent à merveille celui qui vient annoncer les terribles nouvelles.

Les premiers rôles ont tenu leurs promesses au-delà de nos espérances, justifiant pleinement l’éclairage que la mise en scène leur avait confié. Norbert Dol incarne un Germont père à la posture martiale, raide comme son uniforme, mais bientôt traversé d’une humanité touchante. Sa diction claire, ses graves d’une belle rondeur emplissaient l’espace pour donner aux douloureux instants qu’il avait à porter leur profonde intensité. Son fils, Alfredo, est interprété par Rémy Poulakis. Ténor lyrique à la ligne de chant claire et pure, doté d’un vibrato souple, il incarne un amoureux sincère. Dans les duos déchirants, ses talents dramatiques éclatent avec une intensité poignante.

Enfin, comment ne pas être abasourdi par le talent de Lucie Émeraude, qui s’est emparée du rôle de Violetta aussi naturellement que la douceur avait enveloppé cette nuit touraine. Elle a porté très haut le spectacle, habitant chaque tableau avec une intensité qui allait de la légèreté mondaine à l’agonie la plus déchirante. Ses aigus lumineux, sa capacité à colorer la ligne de chant selon les états d’âme du personnage, son souffle d’une maîtrise rare : tout concourait à une incarnation bouleversante. Sa prestation fut en tout point magistrale...

À ce concert de louanges, il ne faut surtout pas oublier Caroline Sumian, Karine Andreo, Marilyn Tralongo, Stephan Poitevin et Mathieu Rivier, qui apportèrent par leur entrain et leur dynamisme une présence joyeuse sur scène, notamment dans les tableaux les plus frivoles et festifs. Leurs voix, soutenant la distribution, formèrent un chœur efficace et complice.

Photo © S. Bégot

On ne saurait conclure sans citer Vladik Polionov, qui assura avec élégance et brio la présentation des tableaux tout en accompagnant, seul au piano, la totalité du spectacle. Sa présence discrète mais essentielle fut le fil conducteur de cette soirée, donnant à chaque instant son souffle et sa cohésion.

L’été garde sa magie… et pour reprendre l’édito du Festival Durance Luberon et de son président, Luc Avrial : vive la musique et le spectacle vivant.


 

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Published by Jean-Marie Cabot

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