Ce blog s’est souvent fait l’écho de l’engouement des Marseillais pour l’art lyrique. Samedi soir, malgré la multitude de manifestations organisées dans la ville, le public a encore répondu présent (et en très grand nombre). Il s’agissait du dernier concert de la saison de Marseille Concert, programmé dans le cadre de la 6e édition de l’Été Marseillais, en partenariat avec la mairie du 1-7. Les gradins du magnifique théâtre Silvain étaient pris d’assaut bien avant le début du spectacle : plus d’un millier de personnes s’étaient massées pour ce Viva Verdi qui promettait d’être exceptionnel.
À l’affiche : Chloé Chaume (soprano), Ambroisine Bré (mezzo-soprano), Samy Camps (ténor), Yoann Dubruque (baryton) et Ismaël Margain (piano), le tout présenté avec érudition et beaucoup d’humour par Olivier Bellamy, directeur artistique de Marseille Concerts.
Il faisait vraiment très chaud quand, après un discours amoureux de l’opéra, plein d’emphase, Olivier Bellamy donna le départ de ce « tour de Verdi » : Les trompettes d’Aïda, transcription pour piano dans laquelle Ismaël Margain, avec toute l’expressivité de son jeu, en suggéra l’extraordinaire puissance.
Le programme proposait ensuite un voyage onirique dans l’univers verdien, où chaque tessiture trouvait à s’exprimer pleinement. Une montée dramatique impressionnante, jusqu’à la résolution tragique, dans laquelle Chloé Chaume déploya d’emblée, dès Un di felice (La Traviata), la formidable puissance de sa voix et la clarté absolue de sa ligne de chant, face à Samy Camps. Le ténor, bien connu du public marseillais, livra lui aussi une interprétation impeccablement soignée, émouvante au point de donner la chair de poule à un public déjà conquis. Dès ce premier morceau, les deux chanteurs exprimaient une complicité non feinte, une justesse touchante qui allait imprégner toute la soirée.
Ambroisine Bré, quant à elle, fit forte impression pour ses premières incursions dans l’œuvre du Maître italien. Peu à peu, elle imposa ses superbes aigus clairs et limpides, jusqu’à une interprétation particulièrement remarquée de Morrò, ma prima in grazia, l’air poignant d’Amelia dans Un ballo in maschera (un air écrit pour soprano), qu’elle aborda avec une aisance et une intensité remarquables pour une mezzo. Son vibrato, souple et expressif, apportait une vraie chaleur à sa présence, dans une atmosphère qui n’en manquait pourtant pas.
Yoann Dubruque n’était pas en reste. Très à l’aise dans son expression scénique, sa voix ample, claire et bien projetée rayonnait avec naturel avec sa belle diction et ses graves élégants. Il s’illustra notamment dans Dio, che nell’alma infondere (Don Carlo), dans un duo mémorable avec Samy Camps un air d’une grande noblesse célébrant l’amitié où il sut allier présence vocale et émotion contenue. Son énergie, communicative, faisait plaisir à voir, et surtout à entendre.
Au milieu de ce tournis d’émotions lyriques venait se poser une respiration pianistique. L’occasion d’entendre Ismaël Margain, jusque-là discret et brillant accompagnateur. Un impromptu parfait pour mettre en valeur un pianiste aussi humble dans l’ombre des chanteurs que lumineux dans cette interprétation. Le beau Steinway semblait prêt à exploser de bonheur sous ses doigts habiles, d’où les notes s’échappaient, fluides et délicates. Une immense poésie, savourée par un public aux anges.
On ne peut passer sous silence les grands tubes du palmarès verdien, comme l’a souligné malicieusement Olivier Bellamy, qui ont émaillé la soirée pour le plus grand plaisir de tous : La donna è mobile (Rigoletto), Addio del passato (La Traviata), jusqu’au dernier, somptueux, Bella figlia dell’amore (Rigoletto), un bijou polyphonique, qui réunissait enfin les quatre chanteurs. Samy Camps, en parfait meneur de troupe, invitait alors le public à les accompagner dans un final exalté. Les spectateurs se levaient, chantaient, applaudissaient, on était presque à un concert de rock…
Les chanteurs et le pianiste nous ont tant régalés qu’on serait volontiers restés encore un long moment à les écouter. Ce spectacle restera gravé dans la mémoire du théâtre Silvain, né il y a plus d’un siècle du chant de Louise Silvain, grande tragédienne lyrique dont l’ombre plane encore ici à chaque concert.
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