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Lyrica Massilia. Regards lyriques et musicaux – Marseille & Provence

Photo © Christian Dresse

 

Il faut d’abord admettre deux choses. La première : nous fêtions avec ce Trovatore de fin de saison l’entrée dans un évènement géoculturel majeur, l’adhésion de l’Opéra de Marseille à la ligue des opéras transalpins, en prélude à la prochaine saison qui officialisera cette évolution, avec la production de Falstaff du 9 au 15 novembre prochains. Ensuite, le livret de ce chef d’œuvre de Verdi, n’est peut-être pas le meilleur : une histoire de deux frères qui ne savent pas qu’ils le sont et se disputent une femme. D’où la nécessité de plonger sans hésiter dans un discours musical dont l’écriture est proprement géniale et qui ne faiblit pas tout au long des quatre actes. De grands airs, des duos, trios, quatuors, ensemble choraux et une orchestration étincelante.

Lorsque l’on programme une œuvre des plus connues, que réclame un public belcantiste qui manque parfois de curiosité, il faut la traiter avec exigence. Cela aura été le cas avec cette production de Trovatore, œuvre écrite par Giuseppe Verdi en 1853, deux ans après Rigoletto et deux mois avant la Traviata. L’œuvre avait été représentée pour la dernière fois à Marseille en 2012.

La mise en scène du marseillais Louis Désiré, les décors et costumes de Diego Méndez-Casariego et les lumières de Patrick Méeüs, trio qui avait déjà œuvré dans un récent et mémorable Don Quichotte de Massenet, nous ont aidés dès l’ouverture, en installant une ambiance religieuse et militaire en noir en blanc avec l’immense Patrick Bolleire, baryton-basse d’exception. Celui-ci nous a expliqué à la tête d’un groupe de choristes de quoi il retournait en terme de haines recuites ; les deux frères ennemis, tous deux roumains, le ténor Teodor Ilincāi (Manrico) et le baryton Serban Vasile (Comte de Luna) se faisant face et se regardant en chiens de faïence.  Leurs  duos tout au long de l’œuvre sont vocalement passionnants.

Le premier possède une voix chaude  et puissante et  a produit au troisième acte le contre-ut que n’avait pas écrit Verdi avec une  évidence désarmante. Le second est un véritable baryton verdien aux aigus éclatants, campant la méchanceté avec talent.

Et puis le rouge est arrivé avec le tissu dont était revêtue la sublime Aude Extremo, mezzo-contralto d’exception en Azucena, artiste dont le talent de tragédienne se confirme à chacune de ses prestations à Marseille (elle été ovationnée). Elle tient son rôle avec une passion évidente et se montre vocalement irréprochable. Nous la retrouverons avec plaisir en novembre dans le cadre du festival « Musiques interdites » où elle interprètera  aux côté de la soprano Irina Stopina la partie vocale de la deuxième symphonie « résurrection » de Gustav Mahler, mais aussi, avec trois complices, De la vie éternelle, cinq chants graves de Franz Schrecker.

Puis vint un peu de bleu avec la robe d’une Leonora interprétée par Angélique Boudeville dont la force de projection des aigus, mais aussi la qualité des sons filés ont également soulevé l’enthousiasme. Nous l’avions entendue en 2020 dans une version, enregistrée pour cause de Covid, de la Bohème de Puccini, mise en scène par Louis Désiré.

Dans le rôle d’Inès,  Laurence Janot n’avait pas grand chose à chanter, mais elle a fort bien endossé son costume de religieuse, sans doute pour nous donner un avant goût du Dialogue des Carmélites , en mars prochain. Le ténor Mac Larcher en Ruiz a confirmé son talent. N’oublions pas les seconds rôles tenus par Arnaud Hervé, ténor (Il messaggero) et Norbert Dol, baryton (Un vecchio zingaro). Il est rare de voir le public de l’Opéra applaudir debout. Ce fut le cas le soir de la première.

La mise en scène, les décors et les lumières jouent beaucoup sur l’implicite et laissent toute sa place à la musique.

Pour cette nouvelle coproduction avec l’Opéra de Saint Etienne (un couple qui fonctionne bien), nous avons retrouvé avec plaisir notre chef attitré Michele Spotti à la tête d’un orchestre qui ne faiblit pas et les chœurs dirigés par Florent Mayet, qui ont une fois de plus mérité les éloges.

Il reste deux représentations, les 5 et 10 juin à 20 heures.


 

 

Published by Jean-Pierre Bacot - Opéra de Marseille

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