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Ce week-end avait lieu la 33e des dimanches d’Offenbach. Pour notre part, c’était une première, et quel regret de ne pas avoir découvert plus tôt ces rendez-vous incontournables pour les amateurs d’opérettes !
Que sont ces dimanches d’Offenbach ? Une opérette en un acte choisie parmi la cinquantaine que Jacques Offenbach, maître du genre, a créée, présentée par Jean Christophe Keck, un immense spécialiste du musicien, directeur de publication de ses œuvres. La Scène de l’Odéon, tendue de noir, se prête parfaitement à la magie de l’opérette : un piano droit, des chanteurs et quelques chaises, suffisent à donner vie au spectacle. Le public, venu en nombre, semblait différent de celui des autres spectacles d’opérettes que l’on voit en ce lieu. La présence de nombreux jeunes témoigne du succès de ces dimanches : la preuve que l’opérette, quand elle est bien servie, séduit toujours.
Ce dimanche, c’était la truculente et désopilante bouffonnerie : Vent du soir ou l’horrible festin qui nous était proposée. Une opérette anthropophagique, une farce délicieusement joyeuse.
En guise de prélude ou plutôt de mise en bouche, chaque artiste vint interpréter un extrait d’une opérette d’Offenbach. Pour Dominique Desmons, ce fut la Complainte du Pigeonneau. Louise Pingeot et Charles Mesrine interprétèrent un duo de l’opérette 66, tandis que Franck T’Hezan s’illustra dans la tarentelle, un extrait de la Leçon de chant électromagnétique. Diego Mingolla au piano fit apprécier son toucher subtil et délicat dans une valse écrite par Offenbach à la toute fin de sa vie.
Vint ensuite le hors d’œuvre, avec la présentation par Jean Christophe Keck de l’opérette. Débonnaire et talentueux, le musicologue nous offrit une préface au spectacle aussi brillante qu’érudite, histoire de nous mettre l’eau à la bouche... Contexte, anecdotes, critiques, fusaient pour le plaisir de tous…
Il revenait alors à chacun, pour faire bonne chère, d’exécuter la riche partition de cette - et le terme ne s’est jamais aussi bien porté - opérette bouffe.
Le livret de Philippe Gille est incroyablement riche et cocasse. Les bons mots, les calembours savoureux, se succèdent dans un inénarrable tourbillon de drôlerie. Les situations, les actions sont toutes empreintes de malentendus et de malices. C’est farfelu, hilarant, bref, impayable.
Vent du soir ou l’horrible festin conte l’histoire d'un grand banquet cannibale. Vent du Soir, chef de la tribu des Gros-loulous, reçoit la visite de Lapin Courageux, roi des Papas-toutou : deux hommes ayant chacun mangé la femme de l’autre. À mesure que le festin progresse, le chaos s’installe : personnages loufoques, situations grotesques et rebondissements imprévisibles plongent le spectacle dans une atmosphère de démesure et de folie. La fille un peu benête de l’un, Atala épousera Arthur, le fils de l’autre.
L’un des grands atouts du spectacle fut l’habileté de Jean Christophe Keck à faire vivre cette version de concert, comme un spectacle à part entière. Sans costumes, sans orchestre, sans décors, avec seulement les artistes, des chaises et un piano. Et ce fut une grande réussite.
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Les chanteurs, quant à eux, se glissèrent avec une aisance remarquable dans les personnages et leur époque, transportant les spectateurs au XIXe siècle, par la seule force de leur voix et expressivité. Dominique Desmons (Lapin courageux) que les spectateurs de l’Odéon connaissent bien, fait preuve d’un sacré tempérament comique. Son chant est assuré, sa diction, si importante dans un spectacle où les jeux de mots sont rois, est impeccable. Il chante, il danse, il nous fait rire. Irrésistible. Son alter ego, Franck T’Hezan (Vent du soir) excelle lui aussi dans le comique. Spécialiste reconnu d’Offenbach, il le prouve ici : il est très à l’aise, son articulation est claire, limpide. Pas d’ostentation, mais justesse et sobriété. Il interprète son rôle avec conviction et beaucoup d’humour. Charles Mesrine (Arthur) est le fils de Lapin courageux, un coiffeur parisien débarqué en Océanie pour servir de plat du jour au festin. Il s’en sortira en corrompant le cuisinier, prouvant ainsi qu’il manie l’humour avec autant d’habileté que les ciseaux. Son numéro de charme auprès d’Atala est un pur moment de drôlerie. Louise Pingeot est Atala qui ne ressemble en rien à l’héroïne de Chateaubriand. Un peu jocrisse, amoureuse du coiffeur parisien, elle a subjugué le public par la beauté et la pureté de son chant. Alors que les voix masculines jouaient davantage dans la retenue, la sienne éclatait dans son expressivité et la limpidité de ses jolis aigus. Elle est impérieusement drôle, passant avec facilité de l’idiote à la jeune fille amourachée, distribuant ses clins d’œil avec goguenardise. Bravo !
Diego Mingolla nous a convaincus dans son rôle d’accompagnateur. Son jeu précis, fluide, nuancé, mérite d’autant plus d’éloges qu’il devait restituer toute l’ampleur de cette œuvre d’Offenbach avec un simple piano droit. Un piano orchestral.
Quant à Jean Christophe Keck, aussi brillant dans la présentation que dans la direction musicale, il a su en quelques mots avant chaque scène, plonger le public dans l’imaginaire de cette œuvre absolument loufoque et extraordinaire.
En bis et pour clôturer ce spectacle, c’est le chant des Papas toutou, accompagné en rythme par un public conquis que nous offrait la troupe.
Seul petit bémol, on aurait presque aimé quelques accessoires ou éléments visuels pour accentuer l’effet burlesque, mais la performance des chanteurs compensait largement. Ce fut un véritable festin artistique, un régal pour les amateurs d’opérettes et les autres, servi avec la finesse et l’élégance d’un repas de roi…
Vive l’opérette et l’Odéon… vive le spectacle vivant !
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