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On dit parfois que la contrainte peut aider à la qualité du travail. Ce fut le cas pour cette Walkyrie marseillaise où l’adaptation scénique de Charles Roubaud, assisté de Jean-Christophe Mast, appuyée sur la magnifique création vidéo de Camille Lebourges, nous a plongés dans une ambiance délicieusement wagnérienne. Les costumes de Katia Duflot ont ajouté à la beauté de ce cadre légendaire si particulier.
En gros, le chef des Dieux décide de fermer boutique dans un univers de discorde et chez les humains, le grand amour s’avère incestueux. La Loi morale perdure pourtant et la malédiction de Fricka, femme trompée, tombe sur le frère et la sœur. Dans cette ambiance féérique, les rapports de force s’installent entre Wotan et Brünnhilde, Hunding et Sigmund. La concurrence, la jalousie, mais aussi la solidarité fonctionnent, ce qui installe une véritable tragédie musicale et vocale sur un fond qui n’est pas loin d’une Helden Fantasy.
Quant à l’orchestre, ayons l’honnêteté de dire que nous avions quelque inquiétude en nous asseyant sur un fauteuil rouge qui semblait dater de la création du Ring. Avec les 50 musiciens imposés par les restrictions, non point budgétaires mais sanitaires, la puissance du son allait-elle être suffisante pour donner justice à la partition ? Eh bien oui, peut-être les cordes furent-elles davantage appuyées et les trompettes ont-elles soufflé plus fort, mais le chef Adrian Prabava et son assistant Néstor Bayona ont réussi à faire donner à la phalange de l’opéra un volume capable de remplir la salle. De plus, une lecture analytique de l’œuvre rend justice au talent mélodique de Wagner, singulièrement au début et à la fin de l’ouvrage. C’est Bernard Kloke qui a procédé à la réduction orchestrale de cette deuxième journée de la Tétralogie.
L’orchestre était sur la scène, caché aux spectateurs derrière une toile où étaient projetés des paysages. On devinait parfois le chef et les musiciens sous une montagne, derrière une forêt d’arbres et de nuages, comme une sorte de chœur antique et on ne les découvrit qu’à la fin du spectacle, sous les applaudissements nourris d’un public visiblement heureux de revenir progressivement à la vraie vie et à une gestion talentueuse de l’imaginaire.
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Sophie Koch et Nicolas Courjal
Quant aux voix, elles furent à la hauteur, ce qui est doublement le cas de le dire. Le Helden tenor (ténor héroïque) de Nikolaï Schukoff qui chante Siegmund depuis une quinzaine d’années nous a enthousiasmés. Les deux autres mâles d’une distribution essentiellement féminine, que nous connaissons bien, ont fait mieux qu’assurer leur rôle, vocalement et dramatiquement : Samuel Youn, baryton basse aux aigus éclatants en Wotan, et Nicolas Courjal en basse expressivement cruelle pour le personnage de Hunding. La Brünnhilde de Petra Lang se montra très convaincante dans des suraigus intelligemment et gestuellement hystérisés. Sophie Koch, mezzo d’exception, toute de puissance vocale, a cependant fait preuve d’une émouvante fragilité. La Fricka de l’alto Aude Extrémo nous a offert le contraste essentiel que Wagner a choisi pour cette gardienne des bonnes mœurs, à la voix plus grave et toute de noir vêtue.
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Petra Lang et Samuel Youn
Quant au chœur des Walkyries, le moins que nous puissions faire est de citer ici tous ses membres, drapés dans leur robe claire semi-guerrière élégamment choisie par la costumière Katia Duflot : Jennifer Michel (Gerhilde), Ludivine Gombert (Helmwige), Laurence Janot (Ortlide), Lucie Roche (Waltraute), Carine Séchaye (Rossweisse), Cécile Galois (Siegrune), Marie Gautrot (Grimgerde) et Julie Pasturaud (Schwertleite). Leurs voix rendent justice au travail du maître de Bayreuth, en particulier dans le célèbre chœur du troisième acte.
En résumé, le choix d’une production située entre mise en scène et oratorio nous aura donné pleine satisfaction. Peut-être s’agit-il là d’une formule adéquate, si la disette venait à se prolonger, malgré le partage des budgets entre plusieurs opéras. Elle rend justice à la fois aux artistes et à un public qui reprend doucement le chemin tracé par de glorieux ancêtres.
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Nicolas Courjal, Sophie Koch et Nikolaï Schukoff
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