"Le succès ne m'a jamais rendu fier, la chute ne m'a jamais abattu... J'ai pourtant un vice terrible, invincible, c'est de toujours travailler. Je le regrette pour ceux qui n'aiment pas ma musique, car je mourrai certainement avec une mélodie au bout de ma plume."
Jacques Offenbach, 1864
Nous célébrons le bicentenaire de Jakob Eberst, né le 20 juin 1819 , dont le nom fût transformé en Der Offenbacher puis en Offenbach (de la ville dont son père est originaire) et dont le prénom, Jakob, fût francisé pour lui permettre de suivre plus facilement des études musicales à Paris. Le décret de Bayonne du 20 juillet 1808 pris par Napoléon, imposait alors aux juifs de l’Empire de prendre un « nom définitif », pour faciliter le recensement de ceux-ci. Enfant très doué, issu d’une famille de musiciens, (son père est cantor à la synagogue de Cologne), il forme très tôt un trio qui écume les tavernes de sa ville, avec son frère Julius au violon, sa sœur Isabella et lui-même au violoncelle.

Convaincu par le talent de ses deux fils, Isaac Juda Eberst décide en 1833 de les faire étudier à Paris où il est bien plus facile d’y faire carrière. Jules et Jacques entrent alors au Conservatoire, malgré des inscriptions réservées aux seuls élèves français. Marie-Louis Cherubini qui dirige alors l’institution, prend les deux frères sous sa coupe, Jacques n’y restera qu’une année, trop indiscipliné et indépendant d’esprit. Il gagne alors sa vie en étant musicien d’orchestre à l’Opéra-Comique où il rencontre Fromental Halévy, lui aussi juif venu d’Allemagne, qui composera notamment La Juive (joué à Marseille le 25 janvier 1837) ou encore Guido et Ginevra (à Marseille le 29 janvier 1840) et dont le neveu Ludovic, deviendra un des librettistes les plus fameux d’Offenbach.

Offenbach quitte l’Opéra-Comique en 1839 et joue alors de son instrument de prédilection, le violoncelle, pour gagner sa vie dans les salons parisiens, accompagné par le pianiste Friedrich von Flotow, dont le chef d’œuvre, Martha fût présenté là encore, au Grand Théâtre de Marseille le 15 décembre 1858. La réputation d’Offenbach grandit, ses valses, ses mélodies, ses concerts et ses tournées en Europe avec les plus grands (Rubinstein, Liszt, Mendelssohn) lui garantissent popularité. Il se marie, se convertit au catholicisme et crée alors L’Alcôve sa deuxième œuvre lyrique, qui sera après Pascal et Chambord, là encore un échec. En 1848, il retourne à Cologne pour protéger sa famille de la révolution de février, puis revient à Paris, il est alors nommé chef d’orchestre à la Comédie Française. Il y restera jusqu’en 1855 où il inaugurera sa propre salle de théâtre, la salle des Bouffes Parisiens pour enfin y jouer ses œuvres. Contraint par la censure, il va utiliser toute la rouerie de son esprit pour en contourner les exigences, il ira jusqu’à solliciter des ministres, l’autorisation de certains de ses spectacles. Le succès ne va pas tarder à venir, Orphée aux Enfers triomphe. Malgré tout, les tentatives d’Offenbach pour présenter ses œuvres lyriques aux grands théâtres échouent, Barkouf, Le Papillon sont des revers, Les Fées du Rhin, opéra-comique en trois actes présenté en 1864, un cuisant désaveu. Avec La Belle Hélène (1864), il revient à ses premières amours, l’opérette et l’opéra-bouffe, et renoue avec le succès. S’en suivront les créations faites avec ses comparses librettistes Henri Meilhac et Ludovic Halévy, Barbe-Bleue, La vie parisienne, La Grande-duchesse de Gérolstein, La Périchole et Les Brigands qui feront sa bonne fortune. Jusqu’en 1870 et la guerre avec la Prusse, la période est faste pour Offenbach, il est à l’apogée de ses réussites et brille dans cette époque de fête impériale où Napoléon III tente de masquer les mécontentements populaires par une trompeuse propagande. Malheureusement la défaite militaire, ses origines allemandes, sa musique jugée décadente, arrêteront momentanément l’élan du compositeur. Il rebondira en reprenant la direction du Théâtre de la Gaieté et ses anciennes œuvres, mais sa gestion catastrophique entraîne sa faillite. Il meurt le 5 octobre 1880 sans avoir terminé ce qui sera son plus grand chef d’œuvre lyrique Les Contes d’Hoffmann, un ouvrage majeur du répertoire.

Et à Marseille ?
L’année 1858 fût exceptionnelle, le Second Empire une époque particulièrement brillante pour l’art lyrique. Le Grand Théâtre qui ne s’appelait pas encore Opéra Municipal, était dirigé alors par Messieurs Tronchet et Lafeuillade. Le Grand Théâtre était subventionné par la ville de Marseille à hauteur de 100 000 Francs mais il devait affronter d’importants travaux de restauration, dont une partie à la charge des directeurs. Incapables de faire face à leurs engagements, Tronchet et Lafeuillade ne terminèrent pas la dernière année de leur exploitation. C’est la troupe des Bouffes Parisiens dirigée par Jacques Offenbach en personne, qui clôtura la saison 1858 par une série d’opérettes en un acte, Mesdames de la Halle, Les six demoiselles à marier, Le Mariage aux lanternes, Les Petits prodiges, La Charmeuse, Mam’zelle Jeanne, Le Duel de Benjamin, Dragonnette, Le Financier et le Savetier, La Nuit Blanche, Pépito, La Chatte métamorphosée en femme, Ba-Ta-Clan, La Bonne d’enfant, Pantins de Violette puis en 1859, Madame Favart et La Fille du Tambour Major. Son œuvre, les Contes d’Offmann, fût crée le 30 janvier 1884 à Marseille. On attendra les années 1930 pour trouver enfin ses grands succès sur la scène marseillaise, La Belle Hélène en 1932, Barbe Bleue en 1933, Orphée aux enfers en 1934, La Grande Duchesse de Gerolstein en 1935.
Régulièrement les œuvres d’Offenbach sont jouées dans notre ville, d’autant que l’Odéon, temple de l’opérette marseillaise, seul théâtre de France à présenter une saison complète d’opérettes, s’est rapproché de l’Opéra Municipal. L’Odéon a présenté ainsi cette année, cadre du bicentenaire de sa naissance, les Dimanches d’Offenbach, où Jean-Christophe Keck, directeur de publication des œuvres complètes de Jacques Offenbach, est venu commenter et diriger les opérettes en un acte. En complément, La Duchesse de Gerolstein emmenée par Marie-Ange Todorovitch et Kevin Amiel, Pomme d’Api, Orphée aux Enfers, La Périchole et Barbe Bleue (jouée pour les fêtes de fin d’année à l’Opéra Municipal) termineront les hommages au plus prolixe et compositeur des plus beaux Opéras Bouffes français.
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