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lyrica-massilia

C’est peut-être de la cité des papes que viendra le messie…

23 Novembre 2020 , Rédigé par Jean-Marie Cabot

Ce n’est pas vraiment facile de faire le compte rendu d’un opéra, apprécié au travers de l’ écran de son téléphone portable et des écouteurs qui y sont reliés… mais nous tenions à le faire, en premier lieu pour Eric Breton qui nous a fait partager sa création sur les réseaux sociaux et tenu en haleine depuis quelques mois, mais aussi pour l’Opéra d’Avignon, sa direction et son nouveau directeur Frédéric Roels, ainsi que tous les employés, les artistes, les musiciens, et toutes les personnes qui ont œuvré à cette création mondiale, sans qui ce projet n’aurait pu voir le jour… parce qu’en ces temps de pandémie où l’activité lyrique est quasi à l’arrêt, il en fallait bien du courage et de la motivation pour nous présenter ce spectacle sans public…

 

Jadis

        les arbres

étaient des gens comme nous

Mais plus solides

          plus heureux

          plus amoureux peut-être

          plus sages

C’est tout.

(Jacques Prévert)

 

Le messie du peuple chauve est une allégorie dystopique à mi-chemin entre la Divine Comédie et Brasil, où Simon espèce de Sam Lowry frappé d’alopécie comme tant d’autres (combien de millions sommes-nous chantent-ils) par la fureur vengeresse de notre planète, portera la révolte contre les dirigeants de ce monde… on ne provoque pas impunément notre Terre en pratiquant une déforestation folle sans être à l’abri de sa colère, n’est-ce pas… les cheveux, ce sont les arbres, les cheveux sont les racines, c’est l’herbe, c’est la terre chantent-ils encorela portée écologique du livret, remarquablement adapté par Eric Breton est patente, mais les allusions spirituelles, fort nombreuses, en font une œuvre à la dimension mystérieuse bien plus vaste. Quel chemin se doit de parcourir l’homme afin d’atteindre sa liberté ?

La partition est efficace, riche et colorée, le rythme épouse les contours et l’intrigue du livret. Elle est servie par un orchestre réduit, masqué mais précieux, dont la direction s’est avérée fort précise.  Le chœur de l’opéra du Grand Avignon déambule et se déplace dans une mise en scène juste et minutieuse, ses ballets aussi. Les lumières, les jeux d’ombre subtils, les décors dépouillés et les costumes à l’austère simplicité participent grandement à l’ambiance si particulière, par moment inquiétante et dramatique de l’œuvre.

 

 

 

Il est évidemment bien délicat d’apprécier le travail des artistes et des chanteurs en particulier, dans les conditions dans lesquels nous avons vu et écouté l’opéra. Nous avons beaucoup aimé la richesse des duos, la performance du chœur, la sûreté de Pierre Antoine Chaumien au jeu juste et sobre, les graves d’Adrien Djouadou et la présence magistrale de Laurent Deleuil. Côté féminin, Marie Kalinine est envoûtante, Lydia Mayo a bien mis en valeur ses aigus veloutés, Géraldine Jannot à la voix agile, magnifique avec sa chevelure de feu, et enfin, Chloé Chaume, soprano merveilleusement cristalline et pure.

Le messie du peuple chauve est un opéra contemporain dont le sujet déborde du cadre habituel, qui traite d’une actualité inquiétante pour la survie de notre planète. Le virus en empêchant la venue du public, a imposé la captation de l’œuvre et si nous avons pu grâce à cela en apprécier le caractère derrière nos écrans, elle nous a éloigné de l’essence du spectacle vivant et de son esprit populaire. Nombre de théâtres lyriques en ce moment pratiquent de la sorte, nous devons nous en féliciter pour nous spectateurs mais surtout pour tous ceux dont c’est la profession, en faisant toutefois attention que l’opéra filmé ne devienne pas une pratique propre à en retarder la reprise…

 

PS : le Messie du Peuple Chauve sera disponible sur Youtube à partir de mercredi 25/11 

 

 

 

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